Un point sur les techniques d’immersion

Phoque et CanardJ’ai pu constater encore très récemment que nombre de stagiaires PA-20 ou Niveau 2 qui passent « entre mes mains » ne maîtrisent pas correctement les techniques d’immersion. Ces techniques, enseignées lors de la formation Niveau 1, sont au nombre de 2 : le phoque et le canard. L’idée de ce billet m’est donc venue pour rappeler en détail les fondamentaux de ces gestes et donner quelques éléments pour permettre aux plongeurs et plongeuses qui rencontrent des difficultés de les surmonter. Je commencerai par rappeler dans quel cadre telle ou telle technique est à privilégier et ensuite je les détaillerai en décomposant au maximum le geste à réaliser. En effet, que ce soit sur des immersions « En Phoque », je vois trop souvent des enclumes s’immerger, et quand il s’agit d’immersions « En Canard », on peut assister un véritable festival de palmes en l’air et de mouvements dignes d’un sémaphore ! J’ai pu aussi constater que beaucoup de plongeurs adoptaient l’immersion en canard à cause d’un manque de maîtrise de l’immersion en phoque. Je ne saurais que trop recommander de travailler régulièrement ces techniques (même lorsque l’on est déjà certifié) ! Pour terminer cette courte introduction, je rappelle que, comme à mon habitude,  les informations que je vais donner dans la suite ne sont pas des vérités définitives, mais bien des bases de réflexion qui peuvent être améliorées…

À mon sens, la non-maîtrise des ces techniques, au-delà d’un mauvais apprentissage, est surtout révélatrice d’autres symptômes : le surlestage (« Jamais je ne vais réussir à descendre »), le stress de l’immersion (« Vais-je réussir à m’immerger correctement ? ») et le stress du palier (« Vais-je réussir à tenir mon palier en fin de plongée ? »). Je ne reviendrais pas sur le travail à effectuer sur soi-même au niveau du lestage, et sans être un ayatollah du « sans-plomb », je considère que chaque kilo de lest enlevé (qui est une petite victoire en soi) amène bien-être et aisance pour le plongeur. Si vous souhaitez vous rafraîchir la mémoire, vous pouvez consulter l’article « Comment ajuster son lestage ? » que j’avais consacré sur le sujet il y a quelque temps maintenant.

Ainsi, dans toute la suite de mon article, je vais considérer que le lestage adopté par le plongeur ou la plongeuse est idoine. Pour le vérifier, on aura soin de se positionner sur un fond juste suffisant pour « ne plus avoir pied », et, à la suite d’une expiration lente et prolongée, tout en vidant la stab de son air, le plongeur devra s’enfoncer dans l’eau de façon à avoir la surface de l’eau au niveau des yeux lorsqu’il (ou elle) termine son expiration.

On le constate bien, un plongeur ne doit pas couler lorsqu’il est correctement lesté ! L’immersion demeure et doit demeurer un acte volontaire réalisé par un geste technique précis, rapide en exécution et adapté.

Pour s’immerger « en phoque », il faut d’abord être conforme au pré-requis suivants :

  • Il faut se positionner au point d’immersion, verticalement dans l’eau.
  • Le gilet stabilisateur peut être un peu gonflé pour apporter du confort (mais pas trop sous peine d’handicaper la phase initiale d’immersion).
  • On garde tout le temps son détendeur en bouche bien évidemment !
  • On adopte une respiration ample et calme (il ne faut pas entrer dans un cycle d’hyper-ventilation).

On s’attache ensuite à appliquer la séquence suivante :

  1. Sur une fin d’inspiration, on donne quelques coups de palmes assez toniques pour se faire émerger un peu (par exemple pour sortir les épaules de l’eau).
  2. On expire alors violemment et profondément (idéalement en contractant ses muscles abdominaux pour forcer le diaphragme à comprimer les poumons.
  3. On place ses pieds en extension de façon à ce que les palmes soient verticales (pour diminuer au maximum la portance).
  4. On peut aussi lever ses 2 bras vers le ciel en s’étirant bien, ce qui facilite l’entrée dans l’élément liquide.
  5. On continue d’expirer pour entrer dans une phase d’apnée expiratoire, ce qui va permettre de couler sur le ou les premiers mètres.
  6. On maintient cette apnée expiratoire jusqu’à ce qu’on ait atteint la profondeur de 2,5 à 3 mètres, et on peut reprendre un cycle ventilatoire normal, ample et maîtrisé (comme on est correctement lesté, on doit être équilibré, stab vide, à 3 mètres).

Cette séquence réalisée, la palanquée peut effectuer un « bubble-check » à 3 mètres et commencer la plongée !

Passons maintenant à la deuxième technique, l’immersion « en canard ». comme pour le phoque, quelques pré-requis doivent être réunis pour bien la réussir :

  • Il faut se positionner à 2-3 mètres du point d’immersion, en étant positionné horizontalement dans l’eau.
  • Le gilet stabilisateur peut être un peu gonflé pour apporter du confort.
  • On garde tout le temps son détendeur en bouche bien évidemment !
  • On adopte une respiration ample et calme.

On le voit, mis à part le positionnement à quelques mètres et la position initiale dans l’eau, c’est la même chose que le phoque ! Il convient ensuite d’appliquer la séquence suivante :

  1. Sur une fin d’inspiration, on donne quelques coups de palmes en direction du point d’immersion pour avoir un peu de vitesse et donner de la dynamique au mouvement.
  2. En se cassant en deux (en forme de « L » renversé), on expire de façon continue et on purge sa stab simultanément par la purge basse.
  3. On termine son expiration par une apnée expiratoire en se laissant couler.
  4. On ne commence à palmer que lorsque les palmes sont elles-mêmes immergées  (afin de ne pas déstabiliser la manœuvre), le palmage ne devant servir qu’à atteindre la profondeur de 3 mètres.
  5. À 3 mètres, on peut se redresser, reprendre un cycle ventilatoire normal, ce qui va permettre de vérifier une nouvelle fois qu’on est correctement lesté (stab vide, équilibré à 3 mètres).

Comme pour le phoque, on peut ensuite effectuer un « bubble-check » au sein de la palanquée, et commencer la plongée à proprement parler…

Il y a cependant des cas d’immersion où l’on n’a pas le temps de bien procéder à ce type de séquence. Je veux parler du cas particulier des « immersions négatives ». Ces immersions consistent à sauter de l’embarcation avec la stab vide, de façon à « couler » rapidement pour éviter un courant de surface qui potentiellement ferait rater le site de plongée (j’ai personnellement beaucoup pratiqué ces immersions sur des plongées dérivantes en Mer Rouge et en Indonésie). Deux cas se présentent, soit on se met à l’eau en saut droit, soit en bascule (arrière ou avant, si je me réfère à un post récent  !). Dans le cas d’un saut droit, il faut dès l’entrée dans l’eau pivoter sur soi-même pour pouvoir faire usage de ses palmes. Dans le cas d’une bascule, il faut se remettre le plus rapidement possible en position verticale (la tête vers le bas), pour pouvoir se propulser vers la profondeur dès que les palmes sont immergées. Dans les 2 cas, il ne faut pas oublier d’équilibrer rapidement ses oreilles sous peine d’un barotraumatisme douloureux !

Je peux garantir que le séquencement que je propose (et qui peut bien sûr être amélioré et raffiné) sur les deux techniques d’immersion, permet de bien les réaliser et d’assurer un début de plongée en tout sérénité. De votre côté, avez-vous d’autres trucs ou d’autres séquences à proposer pour réussir les phoques et les canards ? Merci d’avance pour vos retours !

7 réflexions au sujet de “Un point sur les techniques d’immersion

  1. Bonjour Phil, pour une fois, je ne suis pas d’accord sur un point avec toi : lorsque tu dis en début de plongée que le plongeur doit être équilibré, stab vide, à 3 mètres.
    La raison de mon désaccord est la suivante : si le plongeur est équilibré stab vide à 3 mètres en début de plongée, il ne sera pas suffisamment lesté à la fin de la plongée au palier à 3 mètres, le bloc étant normalement sur la réserve et ayant perdu une moyenne de 2 kilos d’air à raison de 1,2 gr par litre d’air.
    voili, voilou, simple « petite remarque ».
    sinon tes deux explication sur les techniques sont celles que nous, moniteurs, enseignons depuis des lustres (deux pour ma part) et celles que j’ai apprises à mes débuts.

    • Merci Patrick pour ton retour ! Attention, il y a deux choses : la vérification du lestage en surface (le niveau de l’eau au niveau des yeux, stab vide et poumons vides) qui garantit un équilibre à 3 mètres. Avec cette double vérification on est certain que en fin de plongée, et à 50 bar dans le bloc, le plongeur restera équilibré au palier.
      Désolé sije n’ai as été clair dans ma rédaction.

    • Merci Patrick pour ton retour ! Attention, il y a deux choses : la vérification du lestage en surface (le niveau de l’eau au niveau des yeux, stab vide et poumons vides) qui garantit un équilibre à 3 mètres. Avec cette double vérification on est certain que en fin de plongée, et à 50 bar dans le bloc, le plongeur restera équilibré au palier.
      Désolé sije n’ai as été clair dans ma rédaction.

  2. Voilà encore un très bon article de Maître Philippe.
    Et clairement je peux dire que si mes moniteurs m’avait détaillé la technique du phoque tel que tu l’as fait sans aucun doute , je l’aurai bien acquise .
    Je dois dire qu’encore aujourd’hui ce n’est pas celle que je préfère… Par manque de pratique et une mauvaise technique !

  3. Bonjour.
    La FFESSM tente de mettre en place une « boite à outils » du moniteur, tout en s’attaquant à la reprise du MFT. Dans le SUBAQUA N° 276 janvier-février 2018, il y a un article « comment faciliter l’immersion des débutants », qui me parait intéressant.
    A+

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