Comment ajuster son lestage ?

EnclumeA chaque saison où je suis amené à former des plongeurs (de tous niveaux), j’insiste toujours sur le fait de veiller à avoir un lestage adapté. en effet, je vois trop souvent des plongeurs et plongeuses se charger en plomb de façon immodérée tout simplement à cause d’un manque de confiance en soi, de défaut de maîtrise des techniques d’immersion, ou de manque de maîtrise de l’équilibre. Il est en effet préoccupant de voir des plongeurs aguerris se lester avec une ceinture de plomb de 6 à 7 kilos, plus 1 à 2 kilos dans les poches à plomb de la stab, tout en plongeant avec un bloc 15 litres acier (de type gueuse !). L’approche du lestage a beaucoup évolué en quelques années : je me souviens quand j’ai débuté à pratiquer notre sport favori, les moniteurs et encadrants nous donnaient une règle d’or : 1 kg de plomb par 10 kg de poids ! (et nous plongions sans gilet à l’époque). Alors comment identifier le bon lestage, quels rituels faut-il mettre en place, et quel équipement utiliser ? C’est ce que je vais tenter de détailler dans la suite de ce billet.

Tout d’abord, je vais compter l’anecdote de V., un jeune plongeur de 16 ans que nous formions au Niveau 2 dans notre club il y a maintenant quelques années. V. était un jeune garçon assez frêle et pourtant, il se lestait de façon importante (5 à 6 kilos de plomb en eau douce !). Lorsque nous effectuions avec lui la vérification classique du lestage en surface (exercice consistant à vider la stab et à expirer complètement de façon à vérifier qu’en fin d’expiration, les yeux du plongeur sont positionnés au niveau de la surface de l’eau), il paraissait correctement plombé, mais en profondeur, il avait les pires difficultés pour trouver son équilibre… Si bien qu’une fois, j’ai “pris les choses en main” et c’est moi qui ait vidé sa stab pendant qu’il expirait en surface. Le constat avait été sans appel, V. coulait à pic, nous avions pu enlever plusieurs kilos et le faire plonger avec seulement 2 kg de plomb en eau douce. Comme par magie, l’équilibre était facile à obtenir ! En fait, V. ne vidait jamais complètement sa stab pendant l’exercice, et ce de façon certainement inconsciente et/ou involontaire, si bien que il n’était jamais correctement lesté. En échangeant longuement avec lui, j’ai pu identifier qu’il avait une angoisse récurrente : celle de ne pas tenir son palier en fin de plongée… A titre personnel, j’ai moi-même travaillé mon lestage dans le temps pour partir de 4 kg  de lest en eau douce au début des années 2000 pour ne plus mettre de plomb du tout aujourd’hui : cela correspond à une démarche de long terme et à un travail personnel et intérieur pour vaincre ses propres blocages.

On ne le rappellera jamais, l’immersion est un acte volontaire sur lequel le plongeur doit agir : dans le cas d’une immersion en phoque, on ne s’immerge pas grâce à son lestage, mais par une démarche d’expiration prolongée permettant d’atteindre le premier mètre de profondeur. De même, lors d’une immersion en canard, ce n’est pas le lestage qui fait couler mais un geste technique réussi qui permet d’obtenir une cinétique suffisante, accompagnée d’une expiration afin de permettre d’atteindre la zone des 2-3 mètres. Cette action peut prendre un certain temps et je pense que cette apnée expiratoire d’immersion “prolongée” peut provoquer un blocage chez de nombreux plongeurs et plongeuses.

J’ai donc pu constater deux choses : les plongeurs sur-lestés se surplombent pour deux raisons principales : la crainte irrationnelle de ne pas réussir à s’immerger en début de plongée, et celle non moins injustifiée ne pas réussir à rester équilibré dans la zone des trois mètres en fin plongée quand on a plus que 50 bar dans son bloc. Plutôt que de se poser les bonnes questions (Pourquoi ai-je du mal à m’immerger ? pourquoi je ne tiens pas mon palier ? et que puis-je faire pour y remédier ?), nombreux sont les plongeurs qui éludent le problème et le “résolvent” par quelques kilos de lest supplémentaires !

Un bon rituel à mettre en place pour se libérer l’esprit est de systématiquement vérifier son lestage avant l’immersion. Cela peut paraître idiot mais être sûr d’être correctement lesté avant de s’immerger libère la tête et donne de la sérénité pour la suite de la plongée. Personnellement, je le fais à chaque immersion.

Le sur-lestage ne présente que des inconvénients : on traîne des kilogrammes supplémentaires (comme du surpoids) et donc on se fatigue plus vite, on est moins mobile, on s’essouffle plus rapidement, et surtout on a plus de mal à trouver son équilibre sous l’eau (identifier un plongeur surlesté en immersion est assez simple : il n’est jamais positionné à l’horizontale et se déplace toujours en étant orienté en biais). Ainsi, chaque kilo superflu représente un équivalent de stock d’air consommé et vient réduire le temps de plongée “plaisir”.

Pour maîtriser son lestage, il faut se concentrer sur sa ventilation. En effet, il faut d’une part adopter une ventilation basse (on appelle ça aussi “respiration diaphragmatique”) en baissant le diaphragme. Ceci permet de limiter les variations de volume qui peuvent être importantes quand on ventile par le haut des poumons. D’autre part, il faut garder le cycle ventilatoire “de surface” (c’est à dire “inspiration-expiration-apnée expiratoire”). Trop nombreux sont les plongeurs qui, dès l’immersion, adoptent un rythme respiratoire “inspiration-apnée inspiratoire-expiration”. Ce rythme provoque à la longue des maux de tête, nuit à l’équilibre, et emmène vers l’essoufflement. En conservant le cycle ventilatoire de surface, on gagne en “zénitude”, on s’équilibre mieux, et on va vite gagner du temps de plongée car on va réussir à gérer sa respiration et donc sa consommation.

J’ai tendance à déconseiller aujourd’hui l’usage de la ceinture de plomb. Je préfère que les plongeurs avec qui je plonge garnissent les poches à plomb des stabs. Ceci permet une meilleure répartition du lest, apporte une sécurité supplémentaire (un plongeur non équipé et sans ceinture qui tombe à l’eau flotte naturellement). Pour le choix des plombs, je préfère l’usage de plomb synthétique, de plomb enrobé, ou de sachet à grenaille (protection de l’environnement oblige). Par contre, quand on plonge en combinaison étanche, on peut utiliser avantageusement un baudrier pour adapter son lestage.

Les guides de palanquée n’oublieront jamais de prendre un petit kilo supplémentaire, le fameux plomb pédagogique qui permet d’ajuster le lestage d’un plongeur encadré qui aurait du mal à tenir son palier ! On peut le bricoler soit même avec un bout et un mousqueton ou s’en procurer un dans le commerce comme le modèle ci-dessous :

Plomb Pédagogique

Et vous, avez-vous des trucs et des astuces pour maîtriser votre lestage ? Merci d’avance pour vos retours !

12 réflexions au sujet de “Comment ajuster son lestage ?

  1. Bonsoir Philippe, très bon article et pour ma part juste une petite observation, lors de formations en carrière nous avions moins, il y a encore quelques années, enfin un peu moins, de soucis pour faire descendre un élève car nous les faisons nager, PMT, voir capelé avant , ce qui avait pour avantage de les réchauffer mais surtout d’évacuer l’air restant dans leur combinaison “humide” après l’habillage, avec l’arrivée des combinaisons “semi-étanche ” ceci est encore plus nécessaire. J’ai souvent constaté qu’une première descente “difficile” était souvent, lors d’exercices, suivie d’une plus facile alors que l’élève était un peu plus “léger” par sa consommation d’air.
    Merci et continues tes écrits qui sont toujours intéressants.

    • Merci Jacques, tu sais, je suis un fervent de la petite nage avant ds’aller plonger : ça dérouille les articulations, diminue le risque d’exposition à l’ADD, fait monter le corps en tmpérature… bref que des avantages !

  2. Bonsoir.
    Pour ma part, je reste persuadé qu’un kilo de plus, ne fait pas de mal, si cela peut rassurer le plongeur. Le stress apporte plus de problèmes qu’un kilo de trop.
    Néanmoins, je demande toujours à mes élèves de garder un kilo dans la poche.
    En fin de plongée, on regarde la stabilisation au palier, et si besoin, je lui demande son plomb. Aussi je leur invite à noter systématiquement leur lestage sur le carnet de plongées.
    Ainsi, ce sont eux, qui se rendent compte de leur surlestage, sans leur imposer, et sont même demandeurs de réessayer la fois suivante, avec encore un kilo en moins.
    Le fait de leur dire ”Tu es trop plombé”, les incitent à tricher et à cacher des plombs dans les poches, et créer un malaise à ce sujet qui peut perdurer longtemps.

    • Merci Brieuc pour ton retour ! Oui, je suis d’accord avec toi, dire à un élève “tu es trop plombé” ne sert à rien, il faut travailler avec lui la compréhension de son surlestage. Réussir à diminuer son lestage reste un acte réfléchi, individuel et volontaire !

    • Merci Anne ! Pense à ta ventilation lors de ta prochaine immersion et vérifie que tu ventiles comme en surface ! Ca change la vie sous l’eau !

  3. Le passage sur l’immersion volontaire, et non grâce au lestage, a eu sur moi une sorte de déclic. J’ai souvent vu de nouveaux plongeurs, le direct système en l’air, attendre gentillement que ça se passe.

    De mon coté, je n’ai pas de pb à l’immersion, en revanche, j’ai tendance à faire le bouchon assez facilement, même en pratiquant l’apnée expiratoire (bon, pis au bout d’un moment, faut bien reprendra sa respiration ;-).

    • Merci Hysice pour ton retour ! As-tu essayé de te mettre sur le dos pour regarder la surface pendant le palier, cela m’a bien aidé pour maîtriser la tenue du palier et éviter de faire le bouchon

  4. Petit ajout à mon commentaire, situation vécue il y a peu, un élève stable à sa dernière plongée ne comprenait pas pourquoi à celle ci il ne parvenait pas à ce stabiliser correctement à la même profondeur, après vérification du poids de son bloc, on a pu noter une différence de près de 2 kgs !
    Le conseil serait se plonger toujours avec le même bloc, sinon de comparer les poids afin d’ ajuster son lestage en conséquence.

    • Effectivement, le même genre de mésaventure m’est arrivée en explo avec un plongeur aguerri. A la première plongée, il était surlesté. Il décide alors d’enlever un peu de plomb et change de bloc, il s’est retrouvé fortement sous-lesté à la deuxième plongée. Cette différence s’explique par la différence de poids entre les deux blocs (plus de 2 kg !).
      Pour remédier à cela, nous avons indiqué le poids de chaque bloc au marqueur sur le haut de chaque bouteille, et systématiser la vérification du lestage avant l’immersion.
      Merci encore pour tes retours toujours enrichissants !

  5. Je confirme les écarts entre blocs! En stage N2 il y a deux ans au CIP des Glenan, j’ai fini la semaine avec 4 kg (combi de chasse de 7, soit 14 mm sur le torse). De retour sur le continent, j’ai fait le clown lors de ma première plongée peu profonde sans comprendre pourquoi. De retour aux Glenan pour le N3 l’an dernier, petite vérification, leurs blocs pesaient 2kg de plus que ceux de mon club à Concarneau, à forme et capacité égale (au moins certains d’entre eux)…

    • Merci Alain pour ta contribution !
      Je viens de m’offrir un bi-bouteille 2 x 7,5 litres, et je plongeais d’habitude avec un bloc 15 litres Aqualung, avec 1 kg de plomb en Atlantique. J’ai dû revoir complètement mon lestage du fait de la légèreté de mon nouveau jouet !

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