Un exemple de prise de sauvetage

SauvetageSuite à la remise à la une (qui a amené beaucoup de trafic sur le site, merci à vous toutes et tous !) de l’article sur mes conseils pour (bien) réussir une assistance d’un plongeur en difficulté, j’ai été pas mal questionné sur les réseaux sociaux au sujet des techniques de prise de sauvetage. Notamment par mon ami M. qui m’a sollicité par rapport à une prise en passant la main sous la sangle transversale qu’on trouve sous beaucoup de gilets aujourd’hui. J’ai donc eu l’idée de détailler dans un billet la prise de sauvetage que j’enseigne (et donc que je préconise ) et qui va permettre de réaliser une action de sauvetage sur un plongeur en « PCI » (Perte de Connaissance Initiale) pour employer le terme consacré par les secouristes pour désigner un « syncopé ». L’objet de la suite est donc de proposer un séquencement d’actions très détaillé pour permettre à tous les stagiaires en cours d’acquisition de ce geste de pouvoir se l’approprier et le réaliser dans de bonnes conditions !


Une syncope peut survenir à n’importe quel moment de la plongée (pendant la descente, au cours de l’exploration au fond, pendant la remontée, ou en surface pendant le retour au bateau), il est donc fondamental d’adopter une technique qui permette d’intervenir rapidement et de façon efficiente dans toutes ces circonstances. Il ne faut pas non oublier qu’un sauvetage qui démarre mal ne se finira pas bien, il est ainsi encore plus important de ne pas rater le début de la séquence, qui conditionnera la réussite de toute la suite. Pour terminer cette introduction, je rappelle que l’intervention sur un plongeur en difficulté (et en PCI en ce qui concerne cet article) en conditions réelles, est une situation exceptionnelle (fort heureusement !), et que donc, il faut absolument posséder cette technique de façon « neuro-cablée » pour pouvoir intervenir efficacement et de façon réflexe. Voici donc un exemple de prise, avec le cadencement de mise en œuvre :

  1. L’évaluation de la situation : Lorsqu’on détecte qu’un compagnon de plongée est en syncope, il ne faut pas se précipiter sur lui, et au contraire, prendre quelques secondes pour bien assimiler sa posture et sa position. en pleine eau, il sera bras ballants, avec une tendance à tomber vers le fond, ou alors il sera posé sur le fond, face contre le sol.
  2. La prise en main : On se rapproche du plongeur ou de la plongeuse inconscient(e), et on agrippe son poignet droit avec sa main gauche. Une fois agrippé, on relève le bras, ce qui va avoir pour effet de mettre le syncopé face à vous.
  3. La remise du détendeur en bouche : Tout plongeur syncopé est victime d’un relâchement musculaire, ce qui fait qu’il n’est plus capable de tenir en bouche correctement son détendeur principal, en général, celui-ci « pendouille » d’ailleurs ! Il faut donc le localiser du regard, le prendre correctement en main (moustaches vers le bas !) et le remettre en bouche délicatement, en faisant tout d’abord glisser l’embout buccal sur la commissure des lèvres, et ensuite en l’insérant délicatement dans la bouche du syncopé (pas la peine de lui détruire sa dentition à cette occasion !). Une fois le détendeur en bouche, on applique une légère pression sur le bouton de surpression pour le faire un peu fuser afin de vider la bouche du syncopé de l’eau qui s’y trouve. Vous positionnez ensuite votre pouce et votre auriculaire sur le menton du syncopé, les 3 autres servant uniquement à plaquer et maintenir (sans écraser) le détendeur sur sa bouche. A partir de ce moment, vous êtes manchot : votre bras droit et votre main droite ne peuvent plus servir à rien d’autre qu’au maintien du détendeur dans la bouche !
  4. La sécurisation de la prise : Votre main gauche peut lâcher son poignet droit, ce qui va avoir pour effet de laisser tomber son bras dans le pli de votre coude droit. En refermant un peu le bras droit, vous sécurisez votre compagnon et il ne peut plus vous échapper !laisser retomber le bras gauche dans le pli du coude droit et maintenir en serrant (pliant le bras droit).
  5. La préparation du départ : Si vous y parvenez, attrapez avec votre main gauche le direct-system du plongeur que vous êtes en train de sauver, et gonflez son gilet en y injectant du gaz, afin d’entamer la remontée.
  6. La préparation du départ (2) : Si vous ne parvenez pas à attraper le direct-system du syncopé, injectez de l’air dans votre stab, de façon à démarrer et quitter la profondeur où vous évoluez.
  7. La gestion de la remontée : Quand la remontée est démarrée, il faut revenir aux fondamentaux, on purge en alternant les 2 gilets. On peut utiliser sur soi-même, comme vous l’entendez, votre purge rapide, votre purge lente ou votre fen-stop. Sur le plongeur inconscient, la situation est beaucoup plus simple, vous ne purgez sa stab qu’en actionnant le bout de la purge rapide, qui se trouve juste sous vos yeux ! Je rappelle une chose importante, dont mon ami C. m’a, fait prendre conscience : On ne manipule efficacement les purges qu’en ayant pris soin de poser sa main gauche sur soi ou sur le syncopé préalablement à l’action proprement dite de purge. Vous aurez beaucoup plus de précision dans la manœuvre ! C’est une technique qui est issue de l’aéronautique : les pilotes d’avion n’actionnent un contact ou un bouton dans le cockpit qu’en ayant préalablement posé leur main pour pouvoir actionner le bouton désiré avec précision et rapidité.

La fin de la remontée s’effectue classiquement avec le stop qui convient, pour  faire surface ensuite, effectuer le signe de détresse en surface et se faire prendre en charge par le bateau, en espérant que tout ira mieux pour votre compagnon. Cette méthode n’est bien sûr qu’une méthode parmi d’autres, elle n’a pas vocation à être l’unique méthode de sauvetage que toutes et tous doivent impérativement appliquer, mais je lui trouve ceci d’intéressant qu’elle fonctionne à tout moment de la plongée, et qu’en appliquant scrupuleusement l’ordre indiqué, le sauvetage devient beaucoup plus aisé !

Je suis bien entendu, preneur de toutes vos remarques sur cette proposition de séquencement, vous connaissez peut-être d’autres techniques, afin d’enrichir de le débat ! En tout cas, merci d’avance pour vos retours.

Je remercie aussi le club « Accro-Plongée » de Nancy dont j’ai utilisé une photo pour illustrer cet article.

8 réflexions au sujet de “Un exemple de prise de sauvetage

  1. Mille fois d’accord ! , pour avoir expérimenté cette façon de faire en cours d’exercices de remontées classiques. (séance de recherche de prises). Et bien que très “confortable“ et sûre techniquement, notamment pour le maintien du Détendeur en bouche, je ne la recommande aussi en effet qu’en cas de PCI, car nous n’avons aucun contact visuel avec l’assisté, ce qui ne peut qu’augmenter son stress si celui-ci est conscient…

    • Merci Luc ! J’ai oublié de préciser qu’on peut réussir à faire pivoter la personne qu’on prend en charge pour jeter un petit coup d’œil à son visage, ce qui permet de voir dans quel état elle est…

  2. Bonjour,

    Technique exactement similaire de mon côté, si ce n’est que pour la remise en bouche appuie sur le surpresseur avant la remise en bouche. J’ai sinon l’impression qu’un peu d’eau va être envoyé dans la bouche en plus de sortir de par les moustaches. J’enseigne pareil pour la LRE quand on utilise le surpresseur. Peut-être à tord, il faudra que je vérifie…

    J’aime le parallélisme avec les pilotes. C’est aussi pareil quand on écrit avec un stylo. C’est plus précis quand la main touche la table ou le tableau.

    • Merci Ludovic ! L’usage du surpresseur après la mise en bouche m’est venu de part le fait que je plonge aussi en eau « fraiche » (eau douce assez froide !) et que, faire fuser le détendeur peut emmener vers le givrage. dès que le détendeur est en bouche et qu’on voit les bulles sortir des moustaches, c’est que tout a été vidé ! 😉
      Pour le parallélisme avec les pilotes, c’est mon ami C. qu’il faut remercier, c’est lui qui m’a fait prendre conscience de ça, et quand on le sait, qu’est ce que les assistances et les sauvetages se simplifient !

  3. Autant pour une personne « pas bien » ,quelqu’en soit la cause, la voir et lui faire voir qu’on s’occupe d’elle me parait très important autant pour un syncopé ( désolé j’ai un peu de mal avec les nouveau sigle) je me pose la question ?
    N’ayant jamais eu ce type d’intervention en presque 30 ans de plongées et d’encadrement, j’aimerais qu’une personne ayant eu le cas me dise comment réagit un syncopé à son réveil ! j’ai l’intuition qu’il va surement bouger la tête et donc nous avertir ! à partir de ce moment effectivement on peut (sans forcer) lui tourner un peu la tête et bouger la nôtre pour bien le voir, si d’ailleurs de lui même il ne cherchera pas à nous regarder ….
    Désolé d’avoir été un peu long.

  4. Pour ma part j’appuie sur le bouton de surpression en continue pendant la mise en bouche du détendeur sinon on est sûr d’injecter de l’eau dans la bouche du syncopé.
    Et dans cette technique, vois t on bien la bouche du secouru au cours de la remontée ?

    • Merci Lolo ! De toute façon, il ya déjà de l’eau dans la bouche de la personne que tu prends en charge… Je préfère ne pas mettre en surpression comme ça je vois bien la mise en bouche du détendeur (les bulles qui ne sont pas là ne viennent rien cacher). En cour de remontée, il n’est pas difficile de faire pivoter le plongeur pour bien regarder son visage.

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