Petit retour sur les différentes méthodes d’équilibrage

ValsalvaNos oreilles sont certainement les organes que nous sollicitons le plus quand nous pratiquons notre sport favori. Tout plongeur a été un jour ou l’autre à ce foutu problème : « mes oreilles ne passent pas, que faire ? ». Au-delà de rappeler les règles de sécurité élémentaires qui commandent de ne pas plonger si on est enrhumé et que l’on ne parvient pas à équilibrer ses oreilles, je vais tenter dans cet article de faire le tour de la question en rappelant sommairement l’anatomie de l’oreille, puis en listant les différentes techniques d’équilibrage (et quand les utiliser). Je ferai aussi un point particulier sur le vertige alterno-barique et les acouphènes, car ces incidents sont trop peu évoqués à mon sens dans les formations de plongée. Je terminerai le post par quelques petits conseils d’hygiène pour bien entretenir la santé de nos oreilles !

L’oreille est un organe composé de 3 partie distinctes :

  • L’oreille externe : elle est composée du pavillon et du conduit auditif externe, elle sert à capter les sons qui nous environnent.
  • L’oreille moyenne : séparée de l’oreille externe par le tympan, elle est composée de la caisse du tympan et des osselets (marteau, enclume et étrier). Elle sert à transmettre les sons qui viennent « heurter » le tympan vers l’oreille interne. Elle communique avec le pharynx par la trompe d’eustache.
  • L’oreille interne: elle est le siège de l’ouïe et de l’équilibre. Elle est composée de la cochlée qui convertit les sons en signaux électriques à destination du cerveau, et des trois canaux semi-circulaires qui permettent le repérage spatial.

Le schéma ci-dessous donne une très bonne représentation de l’anatomie de l’oreille dans sa globalité :

anatomie de l'oreille

Pour permettre de mettre en équi-pression la caisse du tympan avec le conduit auditif externe, il existe plusieurs méthodes d’équilibrage. Ces méthodes s’appliquent durant la phase de descente ou de remontée mais souvent de façon exclusive. Je vais dresser une liste des méthodes connues et recommandées (je ne détaillerai pas les façons de faire, il y a pléthore de ressources dans les livres et sur internet !) :

  • Manœuvre de Valsalva : Décrite dès 1704 par Antonio Maria Valsalva, médecin anatomiste italien, c’est la méthode la plus connue. Elle ne s’emploie qu’en phase de descente. C’est une méthode simple d’apprentissage, mais qui reste traumatisante pour les tissus, et qui devient inopérante si on la répète trop souvent, car elle provoque une inflammation de la sphère ORL.
  • Manœuvre de Frenzel : Héritée des pilotes de chasse de la seconde guerre mondiale, elle présente l’intérêt d’être plus douce que Valsalva, mais elle est plus compliquée à maîtriser. Elle ne s’emploie qu’en phase de descente. L’équilibrage se fait naturellement par la langue qui agit comme un piston.
  • Béance Tubaire Volontaire : C’est la méthode la plus douce, mais la plus compliquée à maîtriser, il faut avoir pris conscience de ses muscles pérystaphilins et être capable de les solliciter à la demande. Elle peut s’employer aussi bien en phase de descente qu’en remontée.
  • Manœuvre de Toynbee : Inventée par le Dr Joseph Toynbee vers 1850, c’est un peu l’anti-valvalsa ! Elle s’utilise exclusivement en phase de remontée, si l’équilibrage des oreilles ne se fait pas naturellement. Elle consiste à provoquer une aspiration de l’air contenu dans l’oreille moyenne pour le ramener vers le pharynx.

Les manœuvres d’équilibrage telles que Valsalva et Frenzel peuvent être améliorées en appliquant des gestes techniques supplémentaires :

  • Technique de Lowry : Il s’agit de réussir à déglutir en même temps que la manœuvre d’équilibrage est réalisée. Ceci permet d’adoucir la manoeuvre. La difficulté vient de la simultanéité des deux opérations.
  • Technique de Edmonds : Il s’agit d’avancer la mâchoire inférieure en faisant un valsalva ou un frenzel pour favoriser l’équilibrage. Cette technique est simple et efficace à mettre en œuvre.

Si vous avez des difficultés pour équilibrer vos oreilles, c’est que soit vous êtes enrhumés (et vous ne devriez pas plonger !), soit vous ne faites pas correctement une des manœuvres ci-dessus, ou plus certainement que les muscles pérystaphilins qui permettent de manœuvrer la trompe d’eustache ne sont pas assez développés. Le plus simple est de les faire travailler : dans cet article, on trouve quelques techniques, simples à mettre en œuvre pour les développer et ainsi muscler sa trompe d’eustache.

Cependant, quelquefois les oreilles ne passent pas bien ou alors s’équilibrent trop tard… On peut être alors exposé à un barotraumatisme qui est extrêmement douloureux et nous empêche de pratiquer pendant un temps certain notre activité favorite.

Il se peut aussi que l’équilibrage soit réalisé imparfaitement, ou plutôt de façon inégale entre l’oreille gauche et droite. On subit alors un « vertige alterno-barique ». Ce vertige intervient dans deux cas sur trois lors de la remontée. La différence de pression entre les deux oreilles moyennes va perturber l’équilibre du plongeur et amener une désorientation totale, qui se traduit par une perte de repères entre le haut et le bas. Cet incident ne doit pas être pris à la légère car souvent une panique s’empare du plongeur et cela peut emmener vers un sur-accident. Si votre binôme subit un tel vertige, il faut arrêter tout mouvement vertical, rassurer, et tenter de rééquilibrer les oreilles soit par un toynbee (en phase de remontée), soit par un valsalva (ou autre, en phase descente).

De même, à la descente, si la manœuvre d’équilibrage est effectuée tardivement, elle n’en sera que plus violente pour la sphère ORL. On a alors un « coup de piston » dans l’oreille moyenne, qui peut traumatiser le tympan. Le résultat le plus courant est qu’après la plongée, le plongeur a les oreilles qui sifflent. Ces acouphènes doivent être pris au sérieux. En effet, ils sont peut-être annonciateurs d’accidents plus graves. Le traitement des acouphènes est complexe et nécessite de consulter rapidement après leur apparition un spécialiste, en effet, la présence permanente de sifflements dans les oreilles peut être une contre-indication définitive à la plongée…

Pour prévenir toute apparition de ces 2 incidents, je ne peux que recommander aux plongeurs de pratiquer régulièrement un peu de gymnastique des muscles pérystaphilins, et aux moniteurs d’enseigner cette gymnastique, surtout aux plongeurs débutants.

Alors, avec tout ça, que faut-il faire pour préserver ses oreilles ? Tout passe par une bonne hygiène. On ne le répétera jamais assez, il convient d’être très prudent avec l’utilisation des cotons-tiges. On préférera utiliser régulièrement un spray d’eau salée qui nettoie efficacement le conduit auditif (il faut aussi bien toujours bien sécher ses oreilles après l’utilisation du spray). Les problèmes d’oreilles surviennent aussi au cours de stages de plongée et plus particulièrement en eau chaude (par exemple au cours d’une croisière d’une semaine en Mer Rouge). En effet, les eaux chaudes favorisent les infections de l’oreille externe, du fait des micros organismes qui vont venir s’abriter dans le conduit auditif. Pour contrer ce désagrément, je recommande l’utilisation d’un produit miracle (et pas cher) que votre pharmacien peut facilement vous préparer : l’eau oxygénée boratée. Il s’agit d’une préparation dont la composition est la suivante :

  • 100 g d’eau oxygénée 10 volumes
  • 2,5 grammes d’acide borique
  • 0,5 grammes de borate de soude

L’idéal est de demander d’en disposer dans un flacon compte-gouttes, 2 gouttes dans chaque oreille après la plongée, et les soucis disparaissent !

Pour finir, je ne résiste au plaisir de vous faire partager cette petite vidéo de Michel Cymes et de Marina Carrère d’Encausse qui présentent la manoeuvre de Valsalva :

Et vous, avez-vous trucs supplémentaires pour équilibrer/préserver vos oreilles ? Merci d’avance pour vos retours !

 

6 réflexions au sujet de “Petit retour sur les différentes méthodes d’équilibrage

  1. Hello Phil, avec les enfants, je propose souvent de faire la valsalva non pas en soufflant, mais en déglutissant, ce qui est souvent plus simple en cas de soucis de dissociation bucco nasale

    • Merci Stéphane, intéressant comme technique, mais n’y a-t-il pas une possibilité d’évoluer involontairement vers un Toynbee avec cette technique ?

  2. Salut,
    Je découvre ton blog avec plaisir (découvert depuis celui de Corrine Bourbeillon). Je ne savais pas pour l’eau oxygenée : merci !
    Du coup je vais éplucher ton blog en détail 🙂

    Karl

  3. Bonjour, quand je n’avais pas encore mon N1, mes orl voulaient que j’arrête totalement la plongée pck mes trompes d’eistaches étaient beaucoup trop fines. De ce fait, l’équilibrage était presque impossible à la descente et très difficile à la remontée. Pas opérable, pas possible de les muscler non plus. Et puis j’ai décidé de tester les méthodes douces sur conseil de mon DP (avec qui j’ai passé mon N2 et N3), c’est à dire que la veille de chaque plongée je versé quelques gouttes d’huile d’amande douce que je garde dans mes oreilles 2 minutes avant d’enlever les surplus. Le reste va agir durant la nuit. Et le lendemain, plus aucune douleur ni aucun difficulté.
    Je le recommande à toutes les personnes dans le même cas que moi 🙂
    Mon DP m’a même fait comprendre ceci: ce problème de trompé d’eustache, s’il est maîtrisé, peut même être un élément de sécurité car l’air circulant mal, si je remonte un peu trop vite c’est des douleurs assurées, alors en aucun cas je ne pourrais remonter trop rapidement, même en remontée à l’aveugle 🙂
    Vive l’amande douce ! 😀

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