<La plongée pratiquée par les seniors

La plongée vieillit-elle avec ses plongeurs ?

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10–15 minutes

28/10/2026

Depuis ma reprise de la plongée au début des années 2000, j’ai acquis de l’expérience (et perdu mes cheveux, bien que je pense que cela n’a rien à voir avec notre sport). Une chose est sûre, à cette époque, la présence de quelques sexagénaires sur un bateau attirait l’attention. Aujourd’hui, voir des plongeurs de 60, 70 voire 80 ans est devenu banal. Alors la plongée est-elle devenue un sport de vieux ? Je n’ai pas trouvé de statistiques publiées fiables, mais la F.F.E.S.S.M. identifie désormais clairement le vieillissement de sa population comme un enjeu stratégique et cherche explicitement à « rajeunir » ses effectifs. En 2024, près de 30 % des licenciés avaient plus de 55 ans alors que seulement 15 % avaient moins de 20 ans. Aujourd’hui, l’âge moyen des licenciés est se situe aux alentours de 44 ans. Dans ce billet, je vais tenter de de montrer les évolutions de notre sport depuis 50 ans (notamment sur les moyens de décompression), puis de faire le tour des enjeux de la plongée « senior », et d’en cerner les contraintes pour proposer des pistes de réflexion.

60 ans

La plongée est un sport jeune (récent)

Au contraire d’autres sports comme la voile ou le football, notre activité favorite est d’invention « récente ». En effet, Le scaphandre autonome est présenté en 1926 par le lieutenant de vaisseau Yves Le Prieur avant d’être une attraction de l’Exposition Universelle de 1937 à Paris. Il est amélioré avec le scaphandre autonome Cousteau-Gagnan de 1943, d’Émile Gagnan et Jacques-Yves Cousteau, inventeurs et fabricants du détendeur de plongée « CG45 » (celui-là même qu’on voit dans le film de Louis Malle « Le Monde du Silence« ). La version simplifiée du CG45 connaîtra un succès commercial sous le nom de « Mistral » dans les années 50.

Le 17 octobre 1960, le Centre International de Plongée (CIP) de Bendor (fondé par La Spirotechnique) est inauguré et ouvre la voie à la plongée « grand public ». C’est le premier grand centre de plongée loisir en milieu naturel. À partir de là, d’autres clubs vont voir le jour un peu partout en France.

Pour ma part, alors âgé de 14 ans, je débute la plongée en 1978 au G.S.M. (Groupe Subaquatique Morlaisien) devenu depuis le G.S.M.P. (Groupe Subaquatique Morlaix Plouezoc’h), avec qui je passe mon « Brevet élémentaire » puis mon « Premier Échelon » (le Niveau 1 et le Niveau 2 de l’époque). Je plonge alors avec un détendeur « Mistral Royal » qui date du milieu des années soixante. Le développement des clubs de plongée en France date donc du début des années 70, il y a quasiment 60 ans.

Plongée

Le plongeur du XXIème Siècle n’est plus celui du XXème

Les années 80

Dans les années 80, la plongée est encore un sport de niche, pratiqué par des hommes à 90%, sportifs, jeunes et en pleine forme physique. Ils suscitent la curiosité sur les quais des ports, il y a souvent des attroupements pour les observer quand ils rentrent de plongée. On plonge sans gilet stabilisateur (la bouteille directement sanglée sur le dos) ou avec une Fenzy, les blocs sont équipés d’une réserve mécanique à 50 bars, car on n’a pas de manomètre. On plonge aux tables à l’aide des G.E.R.S. 65 (Groupe d’Études et de Recherches Sous-Marine de la Marine Nationale, édition de 1965) limitées à 85 mètres, avec et les fameuses triplettes [20 mètres / 60 minutes / Pas de paliers] et [30 mètres / 30 minutes / Pas de paliers]. On voit le chemin parcouru depuis lors. Certains plongeurs utilisent des décompressimètres mécaniques.

Extrait des Tables de plongée du GERS publiées en 1965
Décompressimètre SOS

Les années 90

Dans les années 90, la plongée est encore un sport très jeune. On note une explosion des formations, la fédération française entreprend d’ailleurs une réforme complète de ses brevets en 1989 avec la transformation des « Brevets Élémentaires de Plongée » en Niveau 1″, du Premier Échelon » en « Niveau 2 », la création du Niveau 3 , et la transformation du « Deuxième Échelon » en « Niveau 4 Capacitaire » (capacitaire, au sens où le titulaire du brevet a démontré les capacités requises pour l’encadrement lors d’un examen composé d’épreuves physiques, techniques et théoriques).

Tables de Plongée MN90

Le matériel évolue considérablement avec la généralisation des gilets stabilisateurs modernes tels que nous les connaissons aujourd’hui (avec le direct-system intégré, les poches à plomb, …). Les tables de plongée connaissent une évolution majeure avec l’adoption des Tables MN90, qui durcissent les paramètres de plongée.

Le tourisme « plongée » commence à se développer avec la création de centres de plongée en Égypte à Sharm-El-Sheikh et Hurghada, puis l’apparition des premières croisières plongée (d’un confort assez rustique à l’époque). Malgré tout cela, la plongée est encore perçue comme une activité « sportive », nécessitant une excellente condition physique.

Les années 2000

Dans les années 2000, on assiste à une transformation du profil des plongeuses et des plongeurs, avec l’apparition du « plongeur loisir » et le très fort développement des écoles américaines (PADI, SSI entre autres) dans le monde. Ces écoles promeuvent un modèle de plongée récréative encadrée où la profondeur est limitée (limitant ainsi les risques d’accident). Ce modèle rencontre un véritable public, en effet, les gens passent des brevets de plongée pour agrémenter leurs vacances quelques immersions avec un guide qui connait parfaitement les sites. Cependant, Les plongeurs formés dans les années 70 à 90 restent actifs, et ne quittent plus forcément la pratique à 50 ans.

Du côté du matériel, des progrès très significatifs sont réalisés, avec l’apparition de néoprènes très souples. L’éclairage en plongée fait également de gros progrès avec la mise sur le marché de phares halogènes puissants et facilement manipulables. Les ordinateurs de plongée voient leur usage se simplifier et leur adoption se généralise (bien que l’enseignement des tables de plongée MN90 soit toujours obligatoire). On voit les plongeurs passer du simple « Timer » (qui mesure le temps d’immersion, la vitesse de remontée, et la profondeur), à de véritables ordinateurs qui modélisent la décompression de façon fiable. C’est la grande époque des ordinateurs Uwatec Aladin et Suunto Vyper.

Timer Uwatec
Ordinateurs Aladin
Suunto Vyper

La médecine, par l’étude des accidents de plongée, fait aussi de gros progrès dans la compréhension de la maladie de décompression, et dans la mise en évidence de l’œdème pulmonaire d’immersion.

Les années 2010

Les années 2010 : le vieillissement des pratiquants devient visible : Le magazine Subaqua propose même un article sur ce sujet, en constatant que le nombre de plongeurs seniors augmente et que l’arrivée des générations du baby-boom rend le phénomène particulièrement visible. Beaucoup d’évolutions dans les contenus de formation ont lieu sur cette décennie et l’on passe gentiment d’un modèle de « plongeur warrior » à un modèle plus en phase avec la réalité des pratiquants.

On observe aussi la montée en puissance de la plongée au Nitrox qui sort de sa niche « Plongée Tek » pour entrer dans le monde de la plongée loisir de façon durable (la plupart des croisiéristes en Mer Rouge à cette époque intègrent le Nitrox « gratuitement » dans leurs prestations). Les ordinateurs se perfectionnent, et adoptent des modèles de décompression évolués, le mode multi-gaz est quasiment généralisé sur tous les modèles, et la gestion d’air (via une sonde de pression) se développe de façon importante.

Ordinateur Sunto Zoop
Ordinateur Mares Nemo Wide
Ordinateur Scubapro Galileo Sol

Il commence à devenir courant de voir sure les bateaux de plongée des plongeuses et des plongeurs de tous niveaux de plus de 60 ans.

Notre décennie

Le constat est fait, les plongeuses et les plongeurs ont vieilli. La F.F.E.S.S.M. cherche même à rajeunir ses pratiquants en adoptant des réformes sur l’âge minimum pour obtenir un brevet de plongeur (12 ans mini pour obtenir le brevet de plongeur Niveau 1 par exemple, alors qu’auparavant cela était faisable, mais dans le cadre d’un régime dérogatoire). La plupart des ordinateurs de plongée ont adopté un modèle de décompression similaire, et le truc à la mode ce sont les « Gradient Factors » (tout le monde en parle, peu de personnes ont réellement compris le concept !). Les ordinateurs de plongée ont encore évolué, et on voit apparaître des modèles avec des écrans à haute visibilité.

Ordinateur Aqualung i330
Ordinateur Scubapro G2
Ordinateur Shearwater Peregrine

L’industrie du tourisme de la plongée est installée, la fréquentation du Salon de la Plongée à Paris en est la preuve. Même si notre décennie aura été celle de la crise Covid-19, l’offre de voyages plongée est pléthorique (et peut poser question en rapport à l’empreinte carbone que cela emporte).

Grand-Père

Qu’est ce qui change en prenant de l’âge ?

Plonger alors qu’on a plus de 60 ans (ce qui est mon cas) n’est pas vraiment le problème. Le problème c’est de croire que l’on peut encore plonger à plus de 60 ans comme quand on en avait 30 ou 40. À condition physique égale, notre physiologie n’est plus la même. En effet, pour ne prendre que quelques exemples, nos capacités cardiovasculaires, notre capacité de récupération, notre régulation thermique, notre vue ou notre souplesse ont évolué, et ce, plutôt dans un sens de dégradation :

  • Les capacités cardiovasculaires : Le vieillissement entraîne une diminution de la fréquence cardiaque maximale (la fameuse « FCmax », qu’on obtient par la simple formule 226 – Âge pour les femmes, et 220 – Âge pour les hommes). Cette diminution (d’environ 1 pulsation par année) fait que le cœur ne peut plus battre aussi vite lors d’un effort intense. Le débit cardiaque maximal diminue donc progressivement. Ainsi, le système cardiovasculaire et musculaire met davantage de temps à revenir à son état de repos après un effort soutenu. D’autre part, avec l’âge, on est souvent exposé à de l’hypertension artérielle. Si elle est traitée, il n’y pas de contre-indication à la pratique. De fait, il faut bien être conscient que le risque cardiovasculaire devient progressivement le principal facteur de risque en plongée. Les causes cardiaques représentent une part importante des décès de plongeurs et leur fréquence augmente avec l’âge.
Âge FCmax
Femmes Hommes
20 206 200
25 201 195
30 196 190
35 191 185
40 186 180
45 181 175
50 176 170
55 171 165
60 166 160
65 161 155
70 156 150
  • La capacité de récupération : C’est un corollaire de la diminution de la fréquence cardiaque maximale. Quand on 30 ou 40 ans, on est capable de plonger, de se coucher tard (même si ce n’est pas recommandé), et de replonger le lendemain. Quand on atteint la soixantaine, il faut être conscient de ses propres limites. C’est parfois possible, mais plus raisonnable du tout (et ce n’est toujours pas recommandé) ! On est tout simplement plus réceptif à la fatigue. Pourtant le site de plongée n’a pas changé, le poids du bloc est toujours le même, mais on se fatigue plus vite.
  • La régulation thermique : Avec l’âge, on est plus sensible au froid, c’est scientifiquement prouvé. Il faut donc être plus attentif en immersion aux premiers signes de manifestation du froid, et porter une plus grande attention après la plongée à bien se couvrir (ciré, bonnet ou chapeau), ainsi que penser à prendre une petite boisson chaude et sucrée (mais pas une théière entière !).
  • La vue et la souplesse : Dès la cinquantaine, on a le sentiment que les bras deviennent trop courts pour pouvoir déchiffrer des documents. La lecture de l’ordinateur peut devenir problématique (par exemple si on a une montre ordinateur). Il fait donc penser à adopter un ordinateur que l’on peut facilement consulter sous l’eau (ou se doter d’un masque adapté à sa vue). De même, on n’est plus aussi souple à soixante ans par rapport à l’époque où on avait quarante ans ! Enfiler sa combi (et la retirer) peut être problématique. Il ne faut pas hésiter à demander de l’aide… et réfléchir à adapter sa pratique.
Personnel

Ce qui s’améliore avec l’âge (et l’expérience)

Cependant, il n’y a pas que des catastrophes à prendre de l’âge ! J’ai coutume de dire qu’il n’y a pas de vieux plongeurs, il y a au contraire des plongeurs plus sages. En effet, on améliore sa capacité de jugement en vieillissant, on gère mieux son stress, on devient plus économe dans sa dépense physique, et surtout on a une meilleure capacité à renoncer.

Ainsi, face à des conditions un peu rugueuses, quand on a une vingtaine ou une trentaine d’années, on ne se pose pas trop de questions et on part plonger sans trop se poser de questions. Avec l’âge, je pense qu’on prend le temps de réfléchir, et qu’on soupèse un peu plus le risque que l’on va prendre. Je pourrais résumer cela de cette façon : « À 25 ans, on y va quand même. À 60 ans, on reviendra demain ». Et c’est souvent la meilleure décision.

Face à une situation stressante (courant important, partenaire en essoufflement, …), l’âge et l’expérience font qu’on a moins de réactions impulsives. On réussit à prendre le temps de la réflexion, et on prend soin d’anticiper tout ou partie de ce qui pourrait se passer.

L’âge et l’expérience font que l’on va devenir économe avec nos gestes. Le plongeur expérimenté palme moins, ou plutôt palme de façon efficiente, au moment où il le faut, et ne cherche pas à lutter contre le courant. Il consomme moins de gaz, car il est plus détendu, et de fait il s’agite moins. Surtout, on développe notre capacité à renoncer, car on a plus trop besoin de vouloir se prouver ou prouver aux autres quelque chose.

Adaptabilité

Il faut adapter sa pratique sans la diminuer

À titre personnel, j’espère pouvoir plonger encore de nombreuses années. Pour moi, vieillir ne doit pas signifier arrêter, mais au contraire cela doit signifier adapter. L’adaptation doit permettre de choisir davantage les plongées que je vais faire, en réduisant quelque peu l’engagement pour moins m’exposer au risque d’accident de désaturation. L’adaptation doit aussi se traduire dans des plongées nécessitant moins d’efforts. En tout cas, il faut viser la réduction de tout effort inutile.

Bien entendu, il faut s’entraîner toute l’année, faire un suivi médical sérieux (pour ma part, je fais ma visite médicale chaque année à l’Institut Régional de Médecine du Sport – I.R.M.S. – du C.H.U. de Nantes). Je bénéficie d’un contrôle approfondi qui valide bien la non contre-indication à la pratique. Ayant passé la barre des soixante ans, je me fais également suivre par un cardiologue. Je ne peux que conseiller d’adopter la même approche pour les plongeuses et les plongeurs de ma tranche d’âge, surtout s’ils ou elles se trouvent en situation d’encadrement.

Une autre adaptation est de privilégier la plongée au Nitrox dès qu’on le peut, toujours dans une optique de moindre exposition aux risques d’accident. Il faut accepter d’évoluer, et de ne plus « enquiller » les plongées profondes et engagées qu’on pouvait réaliser lorsqu’on avait trente ou quarante ans. Ce n’est pas la plongée qui doit s’adapter à notre âge, c’est notre façon de plonger qui doit s’adapter à l’évolution de nos capacités.

Conclusion

En conclusion…

Les vieux plongeurs n’existent pas vraiment. Il existe seulement des plongeurs qui ont suffisamment duré pour accumuler de l’expérience.
L’âge enlève parfois un peu de souffle, un peu de souplesse ou quelques dixièmes de vision. En échange, il offre souvent davantage de discernement, de prudence et de sérénité.

Finalement, le véritable défi n’est peut-être pas de continuer à plonger malgré l’âge, mais plutôt d’apprendre à vieillir avec élégance sous l’eau. Et vous, quel est votre sentiment par rapport au vieillissement des plongeuses et des plongeurs ? Merci pour vos retours !

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2 commentaires sur « La plongée vieillit-elle avec ses plongeurs ? »

  1. Merci pour ton article, les seniors font partie du ou des clubs et souvent ils n’ont pas ou ne veulent pas intégrer qu’ils ont vieilli et que le corps ne réagit plus de la même manière qu’à 30 /40 ans.
    Moi j’avais trouvé dans un mémoire d’un IR la formule ( 100 – âge du senior = prof max ) cela vaut ce que ça vaut mais cela me permet de mieux faire comprendre aux plongeurs ´anciens ´ qu’il faut éviter les profondeurs même en mer chaudes.
    Et merci au nitrox qui sert de camisole chimique pour les bloquer.
    Bonne journée et belles bulles.

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    • Merci Alain pour ta contribution ! Je ne connaissais pas cette formule, elle est intéressante. Inconsciemment, je me l’applique ! et comme je ne suis pas pas plongeur trimix, je ne cherche plus trop à aller au-delà de 40 mètres !

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