Au sein de mon club, le GEASM, nous faisons procéder à la révision des détendeurs de l’association tous les ans (nous possédons un stock réparti à peu près équitablement entre des détendeurs Aqualung Calypso et des Scubapro MK2, et des Mares Dual 2S). Nous avons adopté cette fréquence pour garantir un bon fonctionnement du matériel club, et être surs d’être conforme aux recommandations des constructeurs. Pour mes détendeurs personnels, j’ai adopté une stratégie différente : Je ne fais réviser mon Apeks XTX 200, et mon Apeks Tek 3 Left que tous les 2 ans. J’ai eu l’idée de ce billet pour tenter de mettre à plat la bonne stratégie d’entretien pour un plongeur propriétaire de ses détendeurs afin de donner les bonnes règles d’entretien, pour garantir un fonctionnement optimal, et rester dans les clous de l’article A322-81 du Code du Sport qui stipule que « les matériels subaquatiques et équipements nautiques utilisés par les plongeurs sont régulièrement vérifiés et correctement entretenus« . Cette phrase, particulièrement sibylline et imprécise doit nous questionner.
Tout d’abord, pourquoi faut-il régulièrement faire entretenir son détendeur ? Au-delà de la simple réglementation, il s’agit d’une question de bon sens et de sécurité. Dans un détendeur, il y a des pièces mobiles qui s’animent avec les jeux de pression qui varient entre haute pression (200 à 230 bars) et moyenne pression (8 à 10 bars) pour le premier étage, et moyenne pression et pression ambiante pour le second étage. Pour assurer le bon fonctionnement et l’étanchéité, on trouve des ressorts, des joints plats et des joints toriques. Ce sont plus particulièrement ces derniers éléments qu’il convient de remplacer à chaque révision. On voit sur le schéma éclaté ci-dessous les différentes références pour un détendeur Aqualung Legend. On se rend bien compte qu’il s’agit d’un matériel de précision !

Quels sont les symptômes d’un détendeur en panne ?
Un premier point important à garder en mémoire, c’est qu’un détendeur qui tombe en panne ne se bloquera pas. Il se mettra en débit continu. Plusieurs symptômes peuvent vous alerter sur l’imminence d’une panne, et donc la nécessité pour vous de l’amener chez votre détaillant afin qu’il procède à la révision. On peut trouver ces différents symptômes :
Changements dans l’effort ventilatoire
Un premier phénomène qui peut vous alerter sur la proximité de la révision de votre détendeur, est de constater une inspiration plus dure, avec la sensation, voire le besoin de “tirer plus” pour avoir de l’air. On peut aussi être confronté à des débits irréguliers (parfois normal, parfois plus résistant). Un autre phénomène est d’avoir une sensation de “collage” du clapet au début de l’inspiration, ou une ventilation qui devient bruyante (sifflement, aspiration métallique). Ces différents signes indiquent souvent un problème de réglage du deuxième étage, un siège usé, ou une pression intermédiaire instable.
Débit continu (léger ou franc)
On peut aussi constater un petit débit continu au niveau du deuxième étage. Celui-ci peut s’arrêter quand on appuie sur la purge. Dans des cas plus « prononcés », on se retrouve avec un détendeur qui fuse de façon importante, avec un débit impossible à stopper. C’est le signe classique de givrage ou d’un joint au niveau du premier étage qui est hors d’usage.
Bruits anormaux
Parmi les signaux d’alerte sur un probable dysfonctionnement du détendeur, on peut citer des sifflements localisés au premier étage (ce n’est que le signe d’une moyenne pression trop élevée qui provoque ces bruits. On peut aussi entendre des claquements, signe que la membrane du premier étage est usée (dans le cas d’un détendeur de ce type). Enfin, on peut être confronté à des vibrations dans le flexible ou dans le deuxième étage. Cela est souvent dû à des problèmes mécaniques à l’intérieur du premier étage…
Fuites visibles
Enfin, les signes d’alerte d’une panne imminente sont les fuites visibles. Elles peuvent être localisées :
- Sur le flexible haute pression du manomètre, indiquant une prochaine rupture de ce flexible (attention au bruit quand il claque, et à la vitesse à laquelle le bloc se vide dans ce cas).
- Sur un flexible moyenne pression, cela est souvent dû à un joint défectueux.
- Sur la jonction du manomètre avec le flexible haute pression, encore une fois, c’est souvent le joint qui est en cause.
- Sur le premier étage, où on voit des bulles s’échapper du premier étage. C’est le signe d’une corrosion importante qui empêche le bon fonctionnement des pièces mobiles à l’intérieur du détendeur.
- Sur le deuxième étage, avec un chapelet de bulles qui s’échappe de la « gamelle ». C’est le signe d’un dérèglement du deuxième étage.

En quoi consiste la procédure de révision ?
Démontage du premier et du deuxième étage
L’ensemble des composants sont démontés, et tous les joints usagés sont mis de côté
Décollage des concrétions et dégraissage
Toutes les pièces mécaniques sont trempées dans un bain à ultrasons, le nombre de fois nécessaires pour ôter les concrétions et dégraisser les pièces (en général deux passages suffisent).
Séchage
L’ensemble des pièces sont séchées, soit en les laissant à l’air libre, soit avec un jet d’air comprimé
Nettoyage
Toutes les pièces sont minutieusement essuyées.
Changement des joints et des flexibles
Tous les joints usagés sont remplacés par des joints neufs, présents dans le kit de révision fourni par le constructeur.
Les joints des flexibles sont inspectés et changés s’ils présentent des signes de fatigue. De même, les flexibles « fatigués » sont remplacés.
Remontage
Le premier et le deuxième étage sont réassemblés séparément.
Réglages des pressions et tests sur banc
La moyenne pression est réglée conformément aux recommandations du fournisseur sur le premier et le deuxième étage. L’ensemble du détendeur est étalonné sur un banc de test.
Le technicien rédige ensuite un rapport de révision, qui résume toutes les opérations effectuées. Je considère qu’il est de bon ton de récupérer son détendeur révisé avec le rapport de révision, ainsi que les pièces usagées. Dans tous les cas, faites votre détendeur dans un magasin agréé par la marque (de toute façon, s’il ne l’est pas, le technicien refusera de procéder à la révision : ainsi ce n’est pas simple en France de faire réviser des détendeurs des marques Atomic ou Tusa). Malheureusement, il n’y a pas de communication claire de la part des constructeurs sur la fréquence de révision des différents modèles. Voici donc ce que j’ai pu glaner comme éléments pour les six marques les mieux distribuées en France (en tout état de cause, vérifiez bien sur la notice de votre modèle la recommandation effectuée par le fabricant, le tableau ci-dessous n’ayant qu’une valeur indicative) :
Révisions Détendeurs
| Fabricant | Recommandation Constructeur pour l'ensemble de sa gamme | Commentaire |
|---|---|---|
| Apeks | Révision annuelle ou toutes les 100 plongées, au premier des termes atteint | |
| Aqualung | Révision tous les deux ans ou toutes les 100 plongées, au premier des termes atteint | Pour les modèles "Calypso", une révision annuelle est souhaitable |
| Beuchat | Révision tous les deux ans | Pour les modèles "VR200", une révision annuelle est souhaitable |
| Cressi | Révision tous les deux ans | Pour les modèles "AC25", une révision annuelle est souhaitable |
| Mares | Révision tous les deux ans | Pour les modèles "Dual ADJ 62X", une révision annuelle est souhaitable |
| Scubapro | Révision tous les deux ans ou toutes les 100 plongées, au premier des termes atteint, sauf pour le modèle MK2 EVO / R105 ou une révbision annuelle est demandée | Pour les modèles "MK2 EVO / R105", une révision annuelle est souhaitable |

En conclusion…
Une chose est sûre, il faut connaître les recommandations spécifiques de son ou ses détendeurs personnels concernant la fréquence de révision. Pour un bon confort en plongée, je ne saurais que trop recommander de les suivre scrupuleusement, même si par le passé, j’ai pu moi-même avoir une stratégie plus « relax » (ce qui, avec le recul, n’est pas acceptable de la part d’un encadrant ou d’un moniteur). Il ne faut pas non plus tomber dans un paranoïa aigue, si vous ne révisez votre détendeur que tous les deux ans et que vous n’effectuez « que » quinze à vingt plongées par an, vous ne vous mettrez pas en danger. Un bon entretien (rinçage à l’eau claire, séchage à l’ombre dans un endroit bien ventilé) permettra de garantir un fonctionnement nominal de votre équipement… Mais pensez bien à la révision, c’est un gage de sécurité pour vous et vos partenaires, ainsi qu’un témoignage de sérieux quant à votre pratique ! Et vous, à quelle fréquence faites-vous réviser votre matériel ? Merci par avance pour vos retours !