Lors du dernier regroupement départemental de la formation « Guide de Palanquée – Plongeur Niveau 4 » auquel j’ai participé, j’ai eu à intervenir sur l’équipement de plusieurs plongeurs, en les incitant à mieux organiser le gréage de leur scaphandre. Notamment, je suis intervenu sur plusieurs d’entre eux qui avaient plein de trucs et de machins qui « pendouillaient » (parachute, compas, tablette de notation, …). Cela amène de l’inconfort, du bazar, de la trainée dans l’eau… Bref, rien de très bon (en toute humilité, je suis moi-même passé par là, mon scaphandre ressemblait à un véritable arbre de Noël avant que je ne passe mon Niveau IV Capacitaire !). J’ai aussi constaté que quelques-uns parmi eux ne positionnaient pas correctement leur détendeur de secours. Je vous propose donc ce billet, pour faire le point sur le bon positionnement de l’octopus et les moyens de fixation sur le scaphandre (j’avais déjà publié un premier article sur ce sujet il y a maintenant plus de dix ans, c’est le moment d’en faire une mise à jour). Comme d’habitude, je suis preneur de vos retours d’expérience !
Tout d’abord, je vous invite à être attentifs à la longueur du flexible de votre octopus. Pour moi la bonne longueur, c’est quand le flexible mesure au moins un mètre (en dessous, c’est vraiment trop court). Il faut aussi porter votre attention à l’orientation de l’arrivée d’air de l’octopus, car elle va déterminer le côté préférentiel sur lequel vous devrez installer votre détendeur de secours : Si le flexible d’arrivée d’air arrive du côté droit du deuxième étage de l’octopus, vous devrez avoir ce flexible qui arrive sous votre bras gauche (gréage « en gendarme » ou « à l’anglaise »), et sous le bras droit dans le cas contraire (gréage « à l’américaine »). Personnellement, je grée mes détendeurs pour être « en gendarme » (petit clin d’œil à mon papa décédé), car je trouve cette configuration plus pratique, la personne à qui on donne de l’air via notre octopus profite de toute la longueur du flexible et on peut palmer côte à côte sans avoir de flexible qui passe devant.
J’évacue le gréage « hogarthien » du scaphandre, préconisé par l’école « Global Underwater Explorers » (GUE), adepte de la configuration DIR (pour « Do It Right« ) plutôt réservées aux plongeurs souterrains et plongeurs Tek. Comme je limite mon champ d’intérêt à la plongée loisir et sportive, ce type de configuration n’est pas adapté. De plus, cette manière de gréer le scaphandre inverse l’usage et les procédures (par rapport à ma pratique et à ce que j’enseigne) : en cas de panne d’air, on donne le détendeur principal (pour lequel on a pris le soin de l’équiper d’un flexible « long hose » en général de 2 mètres de long) et on respire sur son propre octopus.

Le bon positionnement de l’octopus
De mon point de vue, il y a une règle d’or avec laquelle il ne faut jamais transiger, celle que j’appelle la règle du « Triangle de vie ». L’octopus doit y être positionné. Le triangle de vie est situé entre la pointe des épaules et le nombril. De cette manière, le détendeur de secours est accessible sur le buste et il doit être visible en un coup d’œil. La visibilité optimale doit aussi permettre à tout plongeur ou plongeuse en panne d’air de pouvoir s’en saisir et s’en servir de façon immédiate et aisée.
Je déconseille formellement d’accrocher son octopus ailleurs que dans cette zone (par exemple sur un anneau en bas de la stab, comme on peut souvent et malheureusement le voir). Le positionner ailleurs n’est qu’une source d’embêtement, on va le chercher quand on en aura besoin, et on aura du mal à le trouver. Par ailleurs, je ne recommande pas de fixer à demeure votre octopus sur un des anneaux pectoraux de votre stab : En installant quelque chose qui va être là pour la durée de la plongée, vous allez avoir un élément physique qui va perturber votre préhension de deux éléments de sécurité (l’anneau gauche est en général sous le direct-system, tandis que l’anneau droit est au voisinage immédiat de la purge rapide).

Les moyens de fixation
Le collier de détendeur (ou « Bungee »)
Il s’agit d’un collier élastique que l’on place autour de son cou, on passe l’embout buccal de l’octopus dans le trou prévu à cet effet. L’intérêt est que l’octopus est toujours très visible. Il en existe de plusieurs tailles (de 60 à 80 cm), il faut choisir celle qui fait reposer l’octopus sur le haut du sternum. Ce type de matériel impose de passer son détendeur principal en cas de panne d’air, ou alors de passer en configuration hogarthienne (ce qui n’est pas le propos de l’article). il faut compter un coût compris entre 15,00 et 20,00 €.
Avantages
- Octopus toujours visible
- Robustesse
- Visibilité
Inconvénients
- Dégager l’octopus du trou peut être long et ardu
- Impose de donner l’air avec le détendeur principal
Le « Nez de Clown »
C’est une espèce de cloche en plastique « dur mais mou » dans laquelle on introduit l’embout buccal de l’octopus. On fixe le nez de clown sur un anneau de la stab, je conseille cependant de le fixer à la sangle jugulaire de la stab (quand elle existe) cela améliore la visibilité. Il en existe de plusieurs couleurs, on trouve même des exemplaires plus rigolos comme des modèles animaliers, bref, il y en a pour tous les goûts ! C’est un accessoire assez fragile car ils ont tous tendance à se déchirer au niveau du trou dans lequel passe l’anneau brisé. Enfin, j’ai souvent eu des soucis d’octopus qui se met à fuser au moment de la mise à l’eau, ce qui oblige à le sortir du nez de clown pour ensuite l’y remettre. Le modèle le plus simple coute environ 6,00 €, tandis que les modèles animaliers montent jusqu’à 25,00 €
Avantages
- On le met où on veut
- Plein de modèles sympa et rigolos
Inconvénients
- Souvent l’octopus fuse au moment de la mise à l’eau
- Fragilité au niveau de l’anneau brisé
Le bec
Au contraire du nez de clown, c’est cet accessoire que l’on introduit à l’intérieur de l’embout buccal (au lieu d’enfoncer le détendeur à l’intérieur du nez). Les rebords maxillaires intérieurs de l’embout viennent s’arrimer entre les pattes extérieures du bec. Comme pour le nez de clown, on le fixe là où on veut. Attention, souvent il est difficile de désolidariser l’octopus de l’accessoire, ce qui peut poser problème en situation d’urgence. Il faut compter un prix de 5,00 €.
Avantages
- Octopus toujours visible
- Robustesse
- Visibilité
Inconvénients
- Dégager l’octopus du bec peut être difficile
- L’installation de l’octopus sur le bec peut aussi être longue
La lanière
C’est une alternative au nez de clown et au bec vu précédemment. On doit plutôt la fixer sur un anneau pectoral de la stab, c’est pourquoi je n’aime pas beaucoup cette solution. Par contre on retire facilement l’octopus de la boucle. Pour la fixer à la stab, on forme une tête d’alouette avec la fente longitudinale, et on passe l’embout dans l’anneau rectangulaire. Il faut compter un prix d’environ 5,00 €.
Avantages
- Octopus toujours visible
- Pas de risque de décrochage de la lanière
- La forme rectangulaire permet de sortir facilement l’octopus
Inconvénients
- Ne peut efficacement se placer que sur un anneau pectoral
- Risque de rupture du fait de l’absence de plastique solide
L’embauchoir
C’est Scubapro qui a mis au point ce modèle. On peut le fixer où on veut (donc sur la sangle pectorale, si la stab en est dotée). Pour fixer l’octopus, on positionne l’ovale extérieur autour de l’emboute buccal et on introduit la partie centrale (en forme d’ellipse dans l’embout (je suppose pour empêcher le détendeur de fuser). Je trouve le système d’accrochage un peu compliqué, mais le détendeur se désolidarise très facilement en cas de besoin. C’est le système qui a trouvé grâce aux yeux de ma binôme préférée. Il faut compter un prix d’environ 10,00 €.
Avantages
- Octopus toujours visible
- Détendeur facile à retirer
Inconvénients
- Un peu compliqué pour fixer l’octopus
La boucle
C’est une variation de la lanière avec un « vrai » mousqueton qui permet de fixer l’accessoire où on veut. C’est donc un peu mieux que vu précédemment. Par contre l’anneau est trop petit à mon gout. J’ai pu conster que retirer l’octopus est un peu compliqué, il faut souvent forcer, ou utiliser ses deux mains, et ce n’est pas idéal en situation d’urgence. Il faut compter un prix d’environ 12,00 €.
Avantages
- Octopus toujours visible
- on peut le fixer sur la sangle pectorale
Inconvénients
- L’anneau a un petit diamètre, ce qui rend l’extraction de l’octopus un peu difficile
L’aimant de fixation du flexible
De mon point de vue, c’est la fausse bonne idée. On peut effectivement le positionner où on veut, mais si on ne prend pas garde à positionner correctement la partie amovible sur le flexible de l’octopus, ce dernier « pendouille » irrémédiablement. Il faut toujours le fixer au plus près de la partie métallique (sans le mettre dessus pour pouvoir intervenir sur le deuxième étage). Par ailleurs, l’aimant relativement important et puissant peut perturber le fonctionnement de votre compas. Franchement, je ne recommande pas cet accessoire. Il faut compter un prix d’environ 20,00 €.
Avantages
- Octopus toujours visible
- on peut le fixer sur la sangle pectorale
Inconvénients
- Le deuxième étage « pendouille » selon l’endroit auquel on l’a fixé sur le flexible
- L’aimant peut perturber le compas
L’accroche flexible à clip
Cet accessoire permet de solidariser deux flexibles. de nombreux plongeurs qui l’ont y font passer le flexible du manomètre et celui de l’octopus. Au-delà du fait de regrouper deux flexibles qui n’ont rien à voir entre eux, c’est une variation de l’aimant de fixation, vous l’aurez compris, je ne suis pas fan. Il faut toujours veiller à clamper le flexible au plus près du deuxième étage pour éviter que celui-ci ne « pendouille ». Mais bon, dans les mauvais systèmes, c’est peut-être le meilleur. Il faut compter un prix de 6,00 €.
Avantages
- Octopus toujours visible
- on peut le fixer sur la sangle pectorale
Inconvénients
- Le deuxième étage de l’octopus pendouille selon l’endroit auquel on l’a fixé sur le flexible
La poche spécifique dans la stab
La poche spécifique est souvent désignée par les constructeurs sous le nom de « Octo-Pocket ». Pour l’utiliser, il suffit de faire un coude avec le flexible de l’octopus (sans le pincer !) et de le glisser dans la poche jusqu’à ce que le deuxième étage soit affleurant à la poche. Les stabs Aqualung et Mares ont souvent ces poches positionnées comme sur la photo ci-contre, les stabs Cressi positionnent la poche sur la bretelle droite (dans ce cas, une bonne partie du flexible ressort). Si votre stab en est équipée, je recommande ce système qui me parait le plus simple et le plus adapté.
Avantages
- Octopus toujours visible
- Pas de flexible qui traine
Inconvénients
- Il faut que la stab en soit dotée
- Certains modèles de poche ne sont pas pratiques
Et quand on n’a rien ?
Si on n’a pas ce type d’accessoire, et que la stab ne dispose pas d’une « octo-pocket » (comme beaucoup de stabs « club »), ma préconisation est de passer le flexible sous la sangle ventrale, et de positionner le deuxième étage au niveau du nombril. De cette manière, il n’y a rien qui se balade et le détendeur de secours est bien positionné dans le triangle de vie. C’est souvent ce que je fais en vacances, quand je n’ai pas mon propre matériel avec moi.

En conclusion…
Vous l’aurez compris en lisant cet article, je n’aime pas les trucs qui « pendouillent » ! Par ailleurs, on le voit bien, le prix de ces gadgets sont souvent très modiques, pour autant, il faut acheter le bon. Cependant, dans le florilège que j’ai présenté, je constate qu’il y a beaucoup de « quincaillerie » et d’objets pas très utiles ou peu adaptés. Dans tous les cas, faites simple, évitez que les flexibles ne se promènent dans l’eau, gardez votre octopus dans le triangle de vie !
De votre côté, vous avez peut-être une meilleure solution qui m’aura échappé, merci pour vos retours !

Salut Philippe,
Bon article de présentation, toujours intéressant de revenir sur ces points qui paraissent anodin mais qui sont importants !
Pour ma part, j’ai essayé pas mal de solution et j’ai choisi le nez de clown, avec une configuration en gendarme classique, longueur du flexible de 95 cm, qui longe mon bras gauche sur l’extérieur quand je saisis l’octo , celui ci étant sur un anneau juste au dessus de ma poche droite.
Petite astuce, il faut percer un trou assez gros avec un foret ou découper avec un cutter ( faire attention, le plastique est dur ) dans le nez de clown, cela permet d’avoir de l’eau des deux coté de la membrane, l’équilibrant , afin d’éviter que l’octopus fuse lors de la mise à l’eau.
Bonnes plongées
Merci Philippe ! Excellent le truc du trou dans le nez de clown ! Passe une belle saison de plongées !
Bonjour Phil,
Je reconnais la solution du nez de clown, est « marrante… », encore faut-il que cela ne se termine pas en « pied de nez » !
De mon côté, j’ai opté pour une solution un peu identique aux vôtres.
Pour l’octopus, j’ai choisi le bungee ou collier que j’ai bloqué avec un collier en plastique sur le détendeur car il peut se détacher du détendeur avec un faux mouvement.
Au début, je le mettais autour du coup avant le principal; cela me permettait de passer d’un second étage à un autre rapidement par une simple rotation de l’ensemble(L’expérience m’a montré que l’initiative n’avait pas été stupide; en effet, suite à un mauvais entretien du 2nd étage par un professionnel, j’ai aspiré brutalement de l’eau de mer, (la membrane vieillie n’avait pas été changée) je n’avais que la solution de passer sur l’octopus et recracher l’eau de mer à travers; j’ai testé la technique par 45M de fond, cela marche efficacement, Heureusement!)
Par contre, le problème : je ne pouvais pas donner « simplement » de l’air à quelqu’un.(bien que la règle dominante soit : on doit pouvoir se suffire à soi-même.) En principe, dans le groupe, on est autonome.
Maintenant, je le rattache simplement à un anneau/ ou scratch de l’inflateur du gilet par la gauche , avec le bungee si bien que tout le monde peut le prendre….en tirant dessus.
Toutefois, il reste un second problème :
On peut perdre conscience , cela a été mon cas avec « une guêpe de mer » (ou dans une autre occasion, en activité je me suis appuyé par inadvertance, sur le sable où séjournait une raie torpille, c’est identique aux doigts dans une prise de 220V !), cela a duré que quelques secondes mais cela suffit pour se noyer même à 10M de fond. Heureusement, je mets systématiquement une sangle de sécurité dit « gag » ce qui maintient le détendeur en bouche ou alors je fais une boucle avec le bungee derrière le cou de manière à le maintenir en bouche en toutes circonstances…
J’en conviens, il n’y a pas vraiment de solution susceptible de parer à toutes les situations; il faut prendre la solution avec laquelle on est le plus à l’aise et la tester/vérifier systématiquement durant la descente ou avant de commencer l’exploration !
Bonne plongée.
Merci Eric Louis pour ta contribution ! Comme tu le dis, pas de solution miracle, il faut être confort et capable d’automatismes avec celle qu’on retient ! En tout cas, ton test de la raie torpille a dû être une drôle d’expérience !
Merci Phil,
Effectivement, la raie torpille, çà secoue… lorsque vous verrez deux yeux dans le sable, vous pouvez tenter l’expérience en l’effleurant , l’impact sera moindre; vous n’êtes pas obligés de vous appuyer dessus de tout votre poids comme moi qui tirais un instrument gradué pour des mesures…
L’expérience avec la guêpe de mer* n’est pas mal non plus…. A l’époque ~ 2021, en été, il faisait très chaud et je n’avais pas fermé le haut de la combinaison, le menton était complètement dégagé; l’une des tentacules de la cubo est passée sur l’extrémité de mon menton :
j’avais le menton d’un DALTON et il avait doublé et tout rouge…. Cela fait très mal et j’ai eu besoin de quelques secondes pour retrouver mes esprits. Sans sangle, j’aurais très certainement perdu mon embout !
Malgré ce, cela n’a pas manqué d’entraîner l’hilarité de mes collègues, au retour sur le bateau!
C’est dommage que je ne puisse pas mettre une photo de mon menton 4 à 5 heures après, pour que vous puissiez voir l’impact du venin!
Morale de l’histoire : Il n’y a pas qu’en avril que je ne me découvre pas d’un fil, en plongée, c’est tout le temps ».
* Je tiens à vous rassurer quand vous viendrez plonger en méditerranée, elles restent rares mais elles sont transparentes et on peut ne pas les voir; il y a les pélagies beaucoup plus grosses jusqu’à 20cm et cette méduse, je l’aurais vue. La cuboméduse ne fait que quelques cm.
Par contre, dans les pays tropicaux, il faut avoir l’oeil, il y a de nombreux morts !
Et simplement dans la sangle à scratch qui tient le tuyau de l’inflateur et le direct system ?
Boucle vers le bas, Octopus juste au dessus de la sangle.
Merci Sanji ! C’est vrai que c’est une possibilité, mais je ne suis pas fan non plus, on se retrouve avec l’octopus au voisinage direct de l’inflateur.