Depuis plusieurs années maintenant, je plonge en respirant des mélanges suroxygénés dès que j’en ai l’occasion. Au-delà du simple fait de plonger plus sereinement, j’ai pu constater les effets bénéfiques de cette pratique sur mon propre organisme. En effet, nos plongées sont souvent limitées par la saturation, la narcose ou la fatigue. Les mélanges, tels que le Nitrox et le Trimix apportent une solution élégante et efficace. Le Nitrox permet d’augmenter le plaisir et la sécurité jusqu’à 40 mètres de profondeur. Le Trimix ouvre la porte pour des plongées sereines à des profondeurs souvent inconfortables à l’air, en rendant la narcose prévisible et maîtrisable. J’ai donc eu l’idée de ce billet pour inciter celles et ceux qui n’ont pas encore de qualifications « mélanges » à sauter le pas et à rejoindre le camp des plongeurs qui sortent de l’eau moins fatigués que les autres, ou qui racontent des explorations effectuées en profondeur avec un calme déconcertant. Je vais donc tenter de dresser un tableau des bienfaits de ce type de plongée, en essayant de rester simple et didactique et en évitant les formules mathématiques !

La plongée aux mélanges, c’est pour qui ?
Dans la plongée loisir, on distingue deux types de mélanges gazeux : les mélanges binaires (composés de deux gaz) comme le Nitrox (Azote et Oxygène) et les mélanges ternaires (composés de trois gaz) comme le Trimix (Hélium, Azote et Oxygène). Plonger avec de tels types de mélanges apporte des avantages majeurs en termes de sécurité et de performance. Bien que leur utilisation demande une formation spécifique, ils ouvrent la voie à une plongée plus technique, plus confortable et mieux maîtrisée. C’est une évolution naturelle pour les plongeurs souhaitant développer la maîtrise de leurs immersions, en augmentant leur sécurité, avec quelques contraintes, somme toute mineures.
La bonne nouvelle est que ces “mélanges” ne sont pas réservés à une poignée d’experts. Ils sont au contraire à la portée de toutes et tous, et ils peuvent transformer votre manière de plonger. En effet, Le Nitrox, c’est un peu comme passer d’un moteur diesel classique à une version hybride plus propre et plus confortable : on respire mieux, on reste plus longtemps et/ou on fait moins de paliers, et enfin, on sort de l’eau plus frais. Le Trimix, quant à lui, ouvre la porte à des profondeurs qui deviennent soudain plus claires, plus maîtrisées, et moins “cotonneuses”.
Pour ma part, j’ai vraiment pris conscience des bienfaits du Nitrox lors de ma toute première croisière en Mer Rouge en 2007. À cette époque, il fallait payer un supplément pour plonger au Nitrox, et plusieurs plongeurs participant à la croisière avaient décidé de plonger à l’air. Au bout de quatre jours de plongées, ils montraient un état de fatigue intense, si bien qu’un certain nombre d’entre eux avaient renoncé aux dernières plongées, alors que ma binôme préférée et moi « pêtions la forme » et ne ressentions quasi pas de fatigue !

Une petite mise en évidence de l’avantage des mélanges
Quand on plonge au Nitrox, on respire un gaz enrichi en oxygène, et de ce fait appauvri en azote. On est donc moins soumis à son effet narcotique, et ainsi moins exposé à la narcose. Au Nitrox, on limite la profondeur maximale que l’on peut atteindre (la fameuse MOD – Maximum Operating Depth) et à une profondeur donnée, tout se passe comme si on se trouvait moins profond (c’est l’EAD – Equivalent Air Depth – ou « Profondeur Équivalente à l’Air »). Le tableau ci-contre met en évidence ces deux notions.
On constate bien qu’avec une concentration d’O2 à 21% (c’est à dire de l’air), la profondeur maximale est de 60 mètres.
| Gaz |
% O2 |
MOD (mètres) |
EAD (mètres) |
| Air | 21 | 60 | 60 |
| Nitrox | 28 | 40 | 35 |
| 30 | 36 | 30 | |
| 32 | 33 | 27 | |
| 36 | 28 | 20 | |
| 40 | 25 | 16 |
| Gaz |
% O2 |
% He |
MOD (mètres) |
EAD (mètres) |
| Air | 21 | 0 | 60 | 60 |
| Trimix | 14 | 50 | 90 | 35 |
| 16 | 40 | 77 | 38 | |
| 19 | 35 | 63 | 32 | |
| 19 | 30 | 63 | 37 | |
| 20 | 30 | 60 | 34 | |
| 20 | 25 | 60 | 38 |
Quand on plonge au Trimix, on respire dans lequel on a remplacé une partie de l’azote par de l’hélium, et dans lequel on a éventuellement diminué la concentration en oxygène (pour pouvoir atteindre des profondeurs importantes en limitant le risque hyperoxique). On voit sur le tableau ci-contre que l’on peut plonger profond en toute sécurité dans la zone des 60 mètres avec une narcose totalement maîtrisée (avec l’exemple du Trimix 19/35). De même, la diminution du taux d’oxygène dans un mélange, comme le Trimix 14/50 (14% d’oxygène, 50 % d’hélium, 36 % d’azote) permet d’atteindre des profondeurs très importantes (90 mètres) avec une narcose ressentie comme à 35 mètres ! Attention cependant, ce type de mélange ne peut être respiré en surface du fait de la trop faible concentration en oxygène (mais on apprend tout cela en formation).
Les profondeurs maximales indiquées dans les tableaux ci-dessus pour les différents Nitrox et Trimix prennent en compte les recommandations de la Commission Médicale et de Prévention Nationale de la FFESSM, à savoir une pression partielle d’O2 maximale fixée à 1,4 bar en mélange « fond ».

Quelles sont les qualifications « mélanges » proposées par FFESSM ?
Le Manuel de Formation Technique en définit quatre. Ces qualifications viennent ajouter des compétences au plongeur qui les détient, mais ne changent pas sur le fond les prérogatives, sauf pour les plongeurs Niveau 3 qui pratiquent le Trimix. Ceux-ci voient leur espace d’évolution s’étendre :
- Plongeur Nitrox (PN) :
- Elle est accessible dès 12 ans.
- Il suffit d’être certifié « Plongeur Niveau 1 FFESSM » (ou équivalent).
- Classiquement, elle s’obtient après une session de théorie et deux plongées effectuées en plongeant avec du Nitrox.
- Elle permet d’utiliser un mélange contenant jusqu’à 40 % d’oxygène, dans les conditions de prérogatives définies dans le Code du Sport, selon son niveau de plongeur à l’air.
- Plongeur Nitrox Confirmé (PN-C) :
- Elle est accessible dès 15 ans.
- Il suffit d’être certifié « Plongeur Niveau 2 FFESSM » (ou équivalent), et avoir la qualification « Plongeur Nitrox » (ou une qualification jugée équivalente). Néanmoins, il faut avoir effectué préalablement au moins 10 plongées encadrées dans la zone des 30-40 mètres.
- Classiquement, elle s’obtient après une session de théorie et quatre plongées effectuées en plongeant avec un bloc de décompression Nitrox.
- Elle permet d’utiliser tous les mélanges Nitrox courants ainsi que l’oxygène pur en décompression, dans les conditions de prérogatives définies dans le Code du Sport, selon son niveau ou aptitude de plongeur à l’air.
- Plongeur Trimix Élémentaire (PTH-70) :
- Il faut être âgé de 18 ans.
- Il faut être certifié « Plongeur Niveau 3 FFESSM » (ou équivalent), et avoir la qualification « Plongeur Nitrox Confirmé » (ou une qualification jugée équivalente). De plus, il faut avoir effectué, préalablement à la formation, un minimum de 15 plongées au-delà de 40 mètres.
- Classiquement, elle s’obtient après une session de théorie et cinq plongées effectuées en plongeant avec un scaphandre Trimix et un bloc de décompression Nitrox.
- Elle permet aux plongeurs titulaires de la qualification de plonger avec un mélange adapté jusqu’à la profondeur de 70 mètres.
- Plongeur Trimix (PTH-120) :
- Il faut être âgé de 18 ans.
- Il faut être certifié « Plongeur Niveau 3 FFESSM » (ou équivalent), et avoir la qualification « Plongeur Trimix Élémentaire » (délivrée par la FFESSM exclusivement, les qualifications équivalentes ne sont pas reconnues). De plus, il faut avoir effectué, préalablement à la formation, au moins 10 plongées Trimix, dont 5 entre 50 et 70 mètres et dont 5 avec remontée en utilisant un Nitrox et/ou des paliers à l’oxygène pur.
- Classiquement, elle s’obtient après une session de théorie assez poussée et cinq plongées effectuées en plongeant avec un scaphandre Trimix et un bloc de décompression Nitrox.
- Elle permet aux plongeurs titulaires de la qualification de plonger en utilisant tous les mélanges Trimix ainsi que des Nitrox et de l’oxygène pur en décompression dans la limite de 120 mètres.
On voit bien que les qualifications Nitrox sont assez aisées à obtenir, tandis que les qualifications Trimix nécessitent une plus grosse organisation, et ne s’adressent spécifiquement qu’aux plongeurs désireux de pratiquer la plongée très profonde. On peut d’ailleurs noter que les qualifications Trimix étendent les prérogatives des plongeurs les détenant (70 mètres maximum pour les Trimix Élémentaire et 120 mètres pour le Trimix « confirmé »). D’ailleurs, je ne comprends pas bien pourquoi les noms des qualifications ne sont pas unifiés en « élémentaire » et « confirmé ».

Quand passer les qualifications mélange ?
J’ai tendance à considérer qu’il faut passer la qualification Nitrox élémentaire dès l’obtention de son brevet Niveau 1. L’usage du Nitrox est très développé dans certains pays (comme l’Égypte par exemple), son usage est vraiment intéressant quand on fait un stage de plongée de plusieurs jours. Cela permet de se préserver et limiter la fatigue accumulée par la répétition des plongées effectuées.
Par contre, pour le Nitrox Confirmé, je préconise de ne passer cette qualification qu’après avoir passé le brevet de « Plongeur Niveau 3 FFESSM », ou la qualification de « Plongeur Autonome à 40 mètres » (PA40). En effet, l’usage du Nitrox en décompression en plongée encadrée n’a pas vraiment de sens, le Guide de Palanquée allant toujours gérer une décompression de la palanquée allant dans le sens de la sécurité (en limitant la DTR – Durée Totale de Remontée – par exemple). Ainsi l’autonomie acquise à 40 mètres ou au-delà rend l’utilisation d’une décompression Nitrox tout à fait idoine. De même, cet usage n’a de sens que pour des plongées un peu engagées, et il faut maîtriser le fait de plonger avec un bloc complémentaire qui diminue « l’aquamotricité » et perturbe l’équilibre et le lestage.
En ce qui concerne les qualifications Trimix, les incursions dans la zone au-delà de 60 mètres (et jusqu’à 120 mètres) ne s’adressent qu’à des plongeurs confirmés, aguerris et entrainés. De plus, durant ces formations, l’accent est vraiment mis sur la rigueur nécessaire, ainsi que le respect strict des procédures : un incident ou une erreur à une profondeur supérieure à 80 mètres n’a pas du tout les mêmes conséquences qu’un incident à 50 mètres (ce qui est déjà souvent très problématique). La plongée Trimix, c’est aussi l’école de l’humilité, de la patience et de l’autonomie. La formation Plongeur Trimix se déroule à 80 mètres maximum. Les plongeurs certifiés n’atteignent la profondeur de 120 mètres seulement quelques années après l’obtention de leur diplôme : ils plongent régulièrement et descendent progressivement. Beaucoup ne progressent « que » d’une dizaine de mètres par année de pratique. Par contre la qualification Trimix élémentaire prend tout son sens pour des plongeurs Niveau 3 qui plongent régulièrement dans la zone 40-60 mètres sur des épaves, car sa mise en œuvre permet de profiter à plein des bienfaits apportés par le Trimix. Nombre de plongeurs racontent avoir « redécouvert » l’épave du Donator en respirant un Trimix au lieu de l’air !

Combien ça coûte de plonger aux mélanges ?
Aujourd’hui on peut considérer les éléments suivants : L’oxygène coûte environ 40,00 €/m3 et l’hélium coûte 90,00 €/m3.
L’hélium est un gaz rare (aussi appelé gaz « noble ») présent en faible quantité dans l’atmosphère, et ne peut être produit à l’infini. Du fait de son utilisation à grande échelle, sa production est réalisée par distillation fractionnée du gaz naturel (qui peut en contenir jusqu’à 7 %). Il est donc très lié à la consommation des énergies fossiles. Son coût élevé s’explique par le faible nombre des usines de production, la nécessité de le liquéfier pour le transporter, et bien sûr sa rareté.
Quand on effectue une plongée avec un Nitrox 28/72 (28 % d’oxygène et 72 % d’azote), par exemple avec un bloc 15 litres gonflé à 230 bars, le centre de plongée facturera un surcout d’une dizaine d’Euros.
Si on effectue une plongée un peu plus engagée, et que l’on souhaite se doter d’un bloc de décompression, par exemple un « pony » 6 litres gonflé à 200 bars avec un Nitrox 50/50 (50 % d’oxygène et 50 % d’azote), il faudra prévoir d’ajouter jusqu’à 50,00 € au coût de la plongée (si le pony était totalement vide). Plus classiquement le complément de remplissage du pony amènera un surcout d’une quinzaine d’Euros.
Enfin, si on prévoit une plongée très profonde dans la zone des 60 mètres, et qu’on envisage d’utiliser un bloc 15 litres à 230 bar avec un Trimix 19/35 (19 % d’oxygène, 35 % d’hélium, 46 % d’azote), la prestation de mise à disposition d’un tel bloc peut coûter jusqu’à 120,00 €. On comprend bien que le coût de la plongée au Trimix n’est pas négligeable, même si on profite d’une sécurité renforcée.

En conclusion…
Comme je l’ai souligné en introduction de ce billet, je plonge au Nitrox dès que j’en ai l’occasion, je considère aujourd’hui que c’est un vrai moyen pour profiter pleinement de mes plongées et de limiter les risques d’accident, d’autant plus que je ne suis plus de première jeunesse (et que mes soucis de santé passés m’amènent à une certaine prudence). Je n’ai jamais été un afficionado de la profondeur (même si je ne déteste pas aller de temps en temps titiller les 50 mètres !), c’est pour cela que je n’ai jamais pris la peine de passer les qualifications Trimix : je n’ai pas suffisamment l’occasion de pratiquer des plongées profondes. Néanmoins, cette approche est vraiment intéressante pour se faire plaisir en toute sécurité en profondeur (bien que le coût soit non négligeable). J’espère que les éléments que j’ai listés vous auront aider à démystifier la plongée aux mélanges et vous auront donné envie de passer ces qualifications ! En tout cas, merci par avance pour vos retours !
