Trucs et astuces : Que faire en cas de perte de palanquée ?

PalanquéeEn consultant un article sur les situations inconfortables en plongée publié sur le blog « Dans nos bulles » dont Anne Ramos assure l’animation, j’ai été amené à me poser cette question  : « Quelle situation inconfortable ai-je pu rencontrer ? »… Au-delà du froid, du manque de visibilité, du givrage de mon détendeur, d’un courant descendant qui m’aspire vers le fond, ou bien de mauvaise décision prise sur une plongée (racontée dans un article précédent, je vous laisse le retrouver ), la situation la plus inconfortable à laquelle j’ai été confronté a été sans conteste la perte d’un des membres de ma palanquée. Cette désagréable mésaventure m’est déjà arrivée deux fois (et pourtant je m’efforce à être très attentif aux plongeuses et plongeurs que j’encadre en immersion). Je vais donc commencer par vous narrer ces deux « mauvais » souvenirs, et proposer ensuite une procédure que vous pourrez améliorer au besoin et mettre en œuvre si cela venait à vous arriver.

La première fois que j’ai « perdu » un membre de ma palanquée, c’était au cours d’une sortie avec mon club à Plougasnou en juin 2011. Nous plongions sur le site de Menval. Ce site est une grosse roche isolée, couverte de faune fixée et dotée de beaucoup d’anfractuosités, propices au l’hébergement de diverses bêtes à pinces. Je plongeais ce jour-là avec C. et G., deux plongeuses Niveau 1 fraîchement diplômées. En suivant la roche, je m’efforçais d’éclairer les divers trous pour leur montrer les étrilles, galathées et autres tourteaux qui peuplent ce récif. Alors que je montrais à G. une belle galathée, en me retournant je me suis rendu compte que C. n’était plus là. Je n’ai pas mis longtemps à comprendre que C. n’avait pas dû gérer son équilibre (et personnellement, j’ai manqué de vigilance par rapport à cela) et elle s’était laissé embarquer vers la surface. J’ai donc indiqué à G. que nous remontions immédiatement, et nous avons retrouvé C. en surface, hilare de s’être laissée surprendre. Elle avait eu le bon réflexe de purger régulièrement sa stab et de souffler pendant sa remontée involontaire. Le courant nous ayant déporté assez loin du récif, j’avais mis fin à la plongée et nous étions alors revenus tous ensemble au bateau.

La deuxième fois que cet incident m’est arrivé, c’est au cours de plongées de formation PE40 en juin 2017 au large de l’ile d’Yeu. Je plongeais cette fois avec R. et T. Le site de plongée sur lequel nous nous étions immergés était « Les Marmites« . Une grosse houle d’ouest résiduelle avait rendu la visibilité très réduite dès les premiers mètres. En arrivant sur le fond vers la profondeur de 30 mètres, nous sommes tombé nez à nez avec un gros calmar (j’ai souvent remarqué qu’ils aiment ces eaux turbides, leur permettant de surprendre plus facilement leurs proies) très furtif. T. m’en montre un deuxième, et immédiatement après l’avoir observé, je me rends compte que je ne vois plus R…. La visibilité étant très réduite (1 mètre à 1,50 mètre au maximum), je savais que je ne le retrouverai pas. J’ai donc pris la décision logique de remonter avec T., ce qui lui a permis de travailler la remontée contrôlée depuis 30 mètres ! 😉 Arrivés en surface, nous avons retrouvé notre ami R. qui nous y attendait (il avait pris la même décision). Une fois la palanquée réunifiée, nous nous sommes ré-immergés et avons terminé notre plongée sans observer beaucoup plus d’animaux qu’en début d’immersion.

Vous l’aurez compris, la perte de palanquée peut survenir à tout moment, même en eau claire, et même à des plongeurs « chevronnés ». La cause peut en être multiple : on ne fait pas suffisamment attention, ou bien la visibilité est mauvaise comme dans les deux anecdotes racontées ci-dessus, mais elle peut aussi arriver parce que les plongeurs sont trop éloignés les uns des autres, ou parce qu’il y a beaucoup de palanquées sous l’eau, ou bien encore parce qu’on fait une plongée de nuit… L’important quand on se retrouve face à ce type de situation est de correctement réagir. Le bon sens est, bien entendu, de tout mettre en œuvre pour ne pas que cette situation survienne, à savoir ne constituer que des petites palanquées, être proches les uns des autres, faire attention très régulièrement les uns aux autres, avoir chacun un phare dans le cas d’une plongée de nuit par exemple…. Cependant, afin de permettre une réaction adaptée, voici une ébauche de procédure que je rappelle souvent aux plongeurs et plongeuses que je forme ou que j’encadre :

  1. Garder son calme : Ce n’est pas parce que vous aurez perdu le reste de sa palanquée, qu’il vous faut entrer dans une phase de stress intense. En clair, il ne faut pas paniquer. Vous ne voyez plus vos binômes ? Ce n’est pas si grave que cela en soi, ils sont quelque part, certainement pas très loin, et vous respirez normalement, votre équipement est en parfait état de fonctionnement, vous avez de l’air. vous n’êtes pas en danger au sens strict.
  2. Ne pas perdre de temps pour réagir : Même si vous n’êtes pas en danger, vous vous retrouvez de fait dans une zone de risque en étant immergé seul. Réagissez donc immédiatement pour retrouver votre palanquée.
  3. Effectuer un 360° : faites un tour sur vous-même en regardant légèrement vers la surface (et pas vers le fond) afin de tenter, soit de voir vos partenaires, soit de voir un chapelet de bulles qui remonte. Si vous apercevez un de vos partenaires, tout va bien. Si vous voyez des bulles, dirigez-vous vers elle et rejoignez la palanquée qui les émet, ce sont certainement vos partenaires. Si ce ne sont pas eux, vous pouvez passer à l’étape suivante !
  4. Remonter à la bonne vitesse vers la surface : les choses se « compliquent » un peu à ce stade, si vous êtes plongeur autonome, vous savez effectuer une remontée contrôlée à l’aide de votre gilet stabilisateur, il vous suffit de répéter sans panique ce geste technique qui vous a été enseigné et que vous maîtrisez. Si vous êtes plongeur encadré, regagnez la surface sans palmer, en purgeant de façon régulière votre stab et en forçant bien sur votre expiration.
  5. Effectuer un 360° à l’approche de la surface : quand vous commencer à apercevoir la surface (typiquement vers 5-6 mètres), faites un tour sur vous-même pour garantir votre sécurité, notamment par rapport à la présence potentielle de navires aux alentours.
  6. Faire les paliers obligatoires : si vous effectuiez une plongée profonde génératrice de paliers, il ne faut pas ajouter du risque à une situation inconfortable. Je vous préconise donc d’effectuer vos paliers obligatoires avec votre parachute, effectuer le palier de sécurité étant ici une très mauvaise idée. Si vous étiez dans une plongée à l’intérieur de la courbe de sécurité, vous pouvez immédiatement faire surface.
  7. Faire surface : faites surface en signalant que vous êtes ok (pas de signal de détresse en surface, vous n’êtes pas en danger nécessitant une intervention rapide des secours !), puis gonflez votre stab pour rester en surface. Signalez-vous aussi au directeur de Plongée si vous le pouvez.
  8. Attendre et rechercher ses partenaires : regardez autour de vous si vous voyez vos partenaires, et si oui rejoignez-les. Normalement votre palanquée aura réagi de la même manière que vous, aussi, ils ou elles ne devraient plus tarder à faire surface comme vous. Une fois la palanquée réunifiée, vous pouvez décider de vous ré-immerger ou non, en fonction des circonstances (courant, profondeur, …), du gaz qui vous reste dans les blocs et de l’état d’esprit dans lequel vous vous trouvez collectivement. Ne vous ré-immergez seul en aucun cas, même si vous voyez des bulles et une palanquée proche de la surface… Attendez sagement que les autres membres de votre palanquée vous rejoignent.

Comme vous pouvez le constater, si tout le monde applique cette procédure, l’incident de perte de palanquée ne sera qu’une petite péripétie dont vous rirez bien avec vos partenaires une fois revenus au port ! L’idée de cette procédure est d’éviter d’aller vers un sur-accident. Si vous souhaitez approfondir votre réflexion, je vous invite aussi à consulter l’excellent document produit par Philippe Margolliet en septembre 2010 qui aborde « en profondeur » ce sujet et que je ne fais qu’effleurer dans cet article.

Et vous, cela vous est-il déjà arrivé de perdre votre palanquée ? Comment l’avez-vous géré, quel souvenir (bon ou mauvais) en gardez-vous ? Merci par avance pour vos retours !

11 réflexions au sujet de “Trucs et astuces : Que faire en cas de perte de palanquée ?”

  1. Salut, Tout à fait correct! Personne n’est à l’abri de ce genre de problème même en étant très vigilant. Dans le briefing avant la plongée, il faut toujours rappeler sur la fin, les consignes en cas de perte de palanquée même si la visi semble bonne. Certaines fédérations notamment étrangères ou bien certains moniteurs ne suivent pas les même directives. J’ai déjà eu quelques conflits avec certains Clubs ou mono qui disaient de ne pas remonter tout de suite et d’attendre 5 ‘ sous l’eau tranquillement, du style, s’asseoir sur un caillou et attendre le bus. Bises Véro

    • Merci Véro ! Quand je fais un brief, je donne systématiquement cette procédure. La FFESSM n’a pas de procédure officielle en ce qui concerne la perte de palanquée. Pour ma part, je considère qu’il faut remonter sans attendre, c’est ce qu’il y a de plus sécurisant. La question de la remontée contrôlée se pose dans le cas d’un plongeur N1 qui perd sa palanquée… C’est pas simple !

      • Tout à fait d’accord avec toi. Mais pas simple du tout en effet, car certains N1 (Bronze ici en Allemagne) ne maîtrisent pas tous la remontée contrôlée malgré les exercices. Mais bon… j’essaye de faire de mon mieux en insistant sur ce point lors des formations. A + Véro

        • Oui, Le document dont j’ai donné le lien insiste sur le fait de sensibiliser les plongeurs et plongeuses N1 à savoir gérer (un minimum) une remontée contrôlée…

  2. Salut Philippe,

    En pleine préparation N4, tout cela me parle.
    Mais le corollaire du « Que fait-on en cas de perte de palanquée » c’est bien « Comment faire pour ne pas perdre sa palanquée » et j’avoue que là, je suis preneur de tout tes / vos conseils, tant sur la partie briefing (quelles consignes donnez-vous pour que vos plongeurs ne perdent pas la palanquée) que sur la partie pratique (que faites-vous sous l’eau pour ne pas perdre votre palanquée).

    Je viens de lire avec une grande attention le document que tu proposes, et il est d’une grande pédagogie, se faisant poser aussi les bonnes questions…
    Mais à dire que la perte de palanquée est l’événement le plus grave qui puisse arriver en tant que GP, les vraies préconisations techniques et officielles pour pallier efficacement cela brillent par leur absence :/ ….

    • Merci Éric, comme tu l’as vu, j’ai été transparent, eh oui, il m’est arrivé de perdre des plongeurs, et je n’étais pas fier… Pour un GP, le conseil est d’appliquer la plus grande des vigilances (sans être un garde-chiourme !)…
      Comme tu le soulignes, notre fédération ne donne pas de consignes particulières. Ceci dit, cela permet au DP d’adapter la procédure en fonction du type particulier de plongée effectuée (dérivant, descente dans le bleu, mouillage forain, …)

  3. C’est effectivement la grande angoisse de tout DP qui se respecte. Pour ma part, bien sûr, cela m’est déjà arrivé, et c’est très désagréable. Aussi pour tenter au Max d’eviter Que cela se produise, je privilégie à outrance les points de rassemblement sur n’importe quel objet/animal que je trouve. J’ai l’impress Que cela rassure la palanquée (en particulier lorsque ce sont des novices), et que cela incite les plongeurs à la patience pour les uns, au respect de la cohésion pour les autres.

    • Merci David ! Oh que oui c’est désagréable ! Je partage ta technique, je pense que c’est une bonne solution ! Merci pour ta contribution !

  4. Coucou Philippe!
    Merci pour la citation de début d’article et pour l’article lui- même! Toujours bien écrit et intéressant!
    Je n’avais pas cité la perte de la palanquée dans le mien car, grâce au ciel, ça ne m’est jamais arrivé. Mais, j’avoue, ça fait partie de mes grandes peurs!
    Je croise les doigts pour que ça n’arrive pas. Mais j’aime bien lire les conseils donnés. Une femme avertie en vaut 2!
    Bises.

    • Bonsoir Anne ! De rien, c’est normal de citer ses sources ! En tout cas si cela t’arrive : pas de panique, tu as une procédure (même si c’est mieux que le DP la donne au cas où) !
      A bientôt !

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