Trucs et astuces : Comment établir le contact avec les céphalopodes ?

CéphalopodeParmi tous les animaux que l’on peut avoir l’occasion d’observer de près pendant une immersion, Il y a un groupe que j’affectionne particulièrement, celui des céphalopodes. En effet, ces animaux font partie des rares espèces avec qui une réelle interaction peut se mettre en place avec le ou la plongeuse qui a la chance de pouvoir en contempler. L’intelligence de ces animaux est réellement bluffante (vous avez certainement déjà pu voir sur YouTube cette vidéo où l’on voit un poulpe ouvrir un bocal), ce sont des animaux sociaux, qui sont empreints de curiosité et qui n’hésite pas à venir “au contact”. Néanmoins, ils restent craintifs. Dans cet article, je vais tenter de partager avec vous quelques trucs que j’ai pu glaner au cours de mes immersions et qui m’ont parfois permis d’avoir des échanges très émouvants voire impressionnants avec ces animaux.

Je vais concentrer mon article sur les espèces les plus communes que l’on peut avoir l’occasion de rencontrer en Manche, en Atlantique ou en Méditerrannée : les poulpes (Octopus Vulgaris), les seiches (Sepia Officinalis) et les calmars (Loligo Vulgaris). Pour chacune des espèces, j’effectuerai un rapide présentation de l’animal, de son environnement, et de la méthode que j’emploie pour les observer et établir le contact. Là où ces animaux sont vraiment fascinants, c’est dans leur changement de couleurs et de formes, rendus possibles grâce aux chromatophores, cellules de la peau, capable d’en changer la texture et le pigment et directement commandées volontairement par le cerveau de l’animal !

L’interaction avec les poulpes

Concernant les poulpes, ce sont des animaux très intelligents, j’ai coutume de dire qu’on se trouve face à un organisme à 9 cerveaux (un de coordination, et un “cerveau” par tentacule). Chez le mâle, sur ses 8 tentacules, un d’entre eux est dépourvu de ventouses à son extrémité, car il s’agit de l’hectocotyle, qui sert d’organe sexuel. Les poulpes sont des animaux plutôt nocturnes, il est donc plus facile d’en observer en fin d’après-midi lorsqu’ils sortent pour chasser. Les poulpes se nourrissent de poisons et de crustacés, et vivent dans des anfractuosités de rochers qu’ils se plaisent à décorer l’entrée avec quelques cailloux et/ou quelques coquillages ! Il faut donc être attentif à tout aménagement particulier qui peut être “le hall d’entrée” de la cachette du poulpe. Dès que vous aurez détecté un poulpe qui se terre dans son antre, ou qui furète le long d’un tombant, il convient de rester très calme, de ralentir sa ventilation, et de se poser. Il ne faut pas hésiter à se rendre visible de l’animal pour éveiller sa curiosité (par contre il faut aussi penser à ne pas trop montrer notre propre taille pour ne pas l’effrayer. En général, j’ai deux techniques d’approche selon que le poulpe est terré dans un trou, ou que la pieuvre est posée sur un récif en extérieur.

Pour un poulpe terré, je me contente de poser ma main devant le trou, non loin d’une de ses tentacules, puis d’attendre. Le poulpe, sera certainement intrigué et viendra vous palper afin de découvrir quel est l’animal qui vient le solliciter et qui ne ressemble à aucun de ses prédateurs (un plongeur ne ressemble pas à un mérou, ou autre labre !)

Pour un poulpe posé, je me positionne tranquillement devant le poulpe, et je frotte mes doigts loin contre l’autre la paume de la main tournée vers le bas. C’est mon ami réunionnais Romain qui m’a montré ce petit truc qui a pour effet de profondément intriguer le poulpe qui normalement essaie d’attraper gentiment les phalanges. On peut le voir à l’oeuvre dans cette vidéo qu’il a réalisé (la séquence avec la main se trouve vers 1’10) :

En restant calme, on peut prolonger ce moment quelques minutes et c’est vraiment un grand plaisir.

L’échange avec les seiches

Les seiches, sont de mon point de vue, tout aussi intelligentes que les poulpes, mais leur comportement est plus délicat et plus furtif. On les rencontre souvent par paire le long d’une roche avec un fond de sable ou cachées dans les algues. Elles ne sont que très rarement posées sur le fond , et au contraire, elles sont le plus souvent en mouvement, en se laissant bercer par la houle sous-marine. Les changements de couleur sont encore plus rapide que chez les poulpes, car on peut observer des cycles traduisant une émotion ou un état d’esprit. Pour les approcher, j’ai là encore deux techniques différentes : soit je claque des doigts pour la faire danser, soit j’utilise ma main pour simuler une autre seiche.

Comme toujours, il convient d’être calme et d’éviter les mouvements brusques, sous peine de les effrayer et de les voir déguerpir en crachant leur encre (elles ont tendance à le faire beaucoup plus vite qu’un poulpe). J’ai pu expérimenter le claquement de doigts sous l’eau lors de la rencontre avec une seiche. Bien qu’il n’y ait aucun son produit, je pense que le mouvement rapide des doigts et le mouvement d’eau induit doit intriguer l’animal. A plusieurs reprises, j’ai pu avec plaisir voir la seiche virevolter et “danser” devant moi comme si elle réalisait une parade. Ce type de comportement peut durer de 30” à 1 minute, et c’est un vrai ravissement.

L’autre technique m’a été montré par un ami Danois, Malthe, dans le parc naturel de Komodo en Indonésie. J’ai pu aussi la mettre en œuvre en Atlantique, à Camaret tout dernièrement. En fait il suffit de fermer le poing, et de relever l’index et le majeur en les agitant très doucement. La seiche semble intriguée et se laisse approcher, voire caresser !

On peut observer cela dans deux de mes modestes montages, au cours d’une plongée à Komodo (vers 3’45) :

et en Atlantique (vers 3’20) :

Avec cette technique, l’interaction est beaucoup plus longue, et on peut rester plusieurs minutes à jouer avec !

L’observation des calmars

Les calmars sont certainement les céphalopodes les plus difficiles à approcher. En fait, je suis toujours tombé nez à nez avec des calmars vraiment par hasard. A chaque fois que j’ai pu en voir, c’était au cours de plongées diurnes dans une eau où la visibilité était réduite (particules, plancton, …) où au cours de plongées de nuit. Ces animaux sont nocturnes et sont de redoutables prédateurs. Leur comportement est extrêmement méfiant, et pour le coup je n’ai pas vraiment de technique pour mettre en place une interaction. Je conseillerai juste de rester calme, malgré votre cœur qui bat la chamade. Je conseille néanmoins de se positionner au-dessus l’animal pour ne pas se trouver face à lui et d’être considéré comme un prédateur potentiel. Pour illustrer la difficulté d’observation de calmars, voici un dernier montage réalisé en baie de Douarnenez, où j’ai pu observer plusieurs specimen (vers 3’56) :

Et vous, avez-vous des techniques particulières pour observer et favoriser les interactions avec les céphalopodes ? Merci par avance pour vos retours !

11 réflexions au sujet de “Trucs et astuces : Comment établir le contact avec les céphalopodes ?

  1. Merci pour cet article très intéressant. C’est je pense une très bonne école pour éviter les comportements habituels intrusifs des plongeurs…

  2. Merci Phil pour cet article.
    en Bretagne (CAP SIZUN) il m’est arrivé de faire sortir un poulpe d’un trou en le caressant ente les 2 yeux à main nue.
    C’est vrai que les mouvements des doigts les intriguent et j’ai eu l’impression qu’ils se rendent compte de la non dangerosité du plongeur qu’ils ont en face d’eux.
    bonne continuation et à une prochaine.
    Pat

    • Si on arrive à les toucher en premier, c’est qu’ils sont déjà en confiance ! En général, j’attends qu’ils viennent d’eux-mêmes, c’est plus drôle ! J’ai eu le cas d’un poulpe sur un blockhaus du banc d’arguin, devant la dune du Pyla qui s’était promené sur mes bras pendant au moins 3 à 4 minutes ! C’était magique !

  3. J’adore! J’essaye de jouer avec les poulpes et sèches aussi souvent que possible. Mais là où je suis, ils restent assez farouche. Exception notable pour ce poulpe qui a décidé la dernière fois de se faire le bec sur la robinetterie de mon collègue…

    “Amusant” aussi, je me suis retourné quelques fois avec des sèches vraiment aggressives, malgré la différence de taille. Nous avons pensé qu’elle devait protéger un nid ?

  4. Merci Philippe pour ce joli article qui me réconcilie avec le monde des blogs (il y a des jours sans, mais heureusement grâce à toi y a des jours avec). Je n’ai jamais eu encore la chance d’interagir avec ces bestioles, mais j’adorerais! Et en lisant cet article encore plus! Et c’est sûr celui- ci je ne l’oublierai pas ;)!

    • Merci à toi Anne, j’ai vu que tu t’étais abonnée sur ma chaîne !
      C’est vrai que l’interaction avec les poulpinots est quelque chose de magique. Je mets ça presque au-dessus des rencontres avec les squales ou les cétacés.

  5. Merci encore Phil pour tes conseils.
    Je vais vite partager tes conseils avec les plongeurs et plongeuses de mon club.
    Tentaculement votre !

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