Faut-il enchaîner les formations ou prendre son temps ?

Présentation Cartes FFESSMDepuis que je suis devenu Moniteur Fédéral, j’ai dispensé quelques formations de tous niveaux. J’ai donc pu échanger en fin de formation avec bon nombre de stagiaires, sur des aspects « prospectifs ». Certains (ou certaines) d’entre eux se posent des questions si ils ou elles continuent et « enquillent » une autre formation ou alors si ils ou elles font une pause et mettent à profit du temps pour plonger, et donc améliorer leur pratique générale. J’ai donc pu côtoyer des plongeurs et des plongeuses avec des parcours de formation très divers, l’idée de ce billet est donc de faire le point sur les parcours possibles,  sur des parcours que j’ai pu croiser et enfin d’apporter des éléments de réponse aux questions « existentielles » que se posent les stagiaires, du genre « Est-ce que je dois enchaîner chaque saison les formations Niveau 1 / Niveau 2 / Niveau 3 ou bien faut-il que je prenne mon temps ? ».

J’ai rencontré effectivement de nombreux parcours de formation. Je vais en citer au moins quatre pour bien montrer qu’il n’ y a pas de parcours type.

Ainsi, il y a quelques années (en septembre 2013 plus précisément), je rencontre A., jeune homme tout fraîchement titulaire du brevet de plongeur Niveau 2, brevet qu’il a obtenu dans une structure commerciale. A. s’inscrit dans notre club pour passer le Niveau 3, et en cours de formation, il m’explique qu’en fait, il veut en faire son métier. Après avoir obtenu son N3 en mai 2014, il passe et obtient brillamment son diplôme de Guide de Palanquée durant l’été 2014, et obtient le diplôme de Moniteur Fédéral, qu’il transforme en diplôme professionnel sans tarder. Il est titulaire aujourd’hui des diplômes DESJEPS / M.F.1 / PADI OWSI et a effectivement atteint son but ! J’avoue que j’avais du mal à y croire quand il me l’a initialement annoncé. Mais, avec la volonté on bouge des montagnes !

Si le parcours de A. est assez exceptionnel, on peut aussi examiner une personne qui m’est proche, je veux parler de S., ma binôme préférée. S. s’est initiée à la plongée alors que j’étais en train de préparer l’examen de Plongeur Niveau 4. Son but initial n’était que de plonger avec moi. La dynamique du groupe de stagiaires dans lequel elle se trouvait a fait qu’après avoir obtenu son diplôme de Plongeur Niveau 1, elle a immédiatement enchaîné sur la formation Niveau 2. Après avoir goûté à l’autonomie, elle a obtenu le diplôme de Plongeur Niveau 3, afin de ne plus être obligée de plonger avec moi (et là, c’est cocasse !), notamment sur des plongées « profondes » (ie au-delà de 20 mètres).

Le parcours de T. est, lui aussi, assez intéressant, T. est un sportif, qui aime la voile, la planche à voile. Il est venu à la plongée par son amour de la mer. Il passe son Niveau 1 et son niveau 2 la saison suivante. Il fait alors une pause de plusieurs années (au moins 3), qu’il met à profit pour plonger aussi bien en autonomie dans la zone des 20 mètres, qu’en tant que plongeur encadré dans zone des 40 mètres. Cette saison, il s’est senti prêt, et s’est inscrit à la formation Niveau 3 que j’anime. Il est, à ce jour, en phase de validation, et j’ai bien vu la différence avec un plongeur N2 débutant, l’aisance qu’il a pu démontrer étant bien le résultat de l’expérience acquise.

Un autre parcours remarquable est celui de J.P., qui lui a pris son temps en quelques saisons, pour passer les différents niveaux, et devenir Plongeur Niveau 3. Après plusieurs années occupées à profiter de son autonomie, sans suivre aucune formation, il décide de passer la qualification d’Initiateur FFESSM, pour aider notre club à former des plongeurs Niveau 1. Il se retrouve alors « moniteur » en piscine, et ne peut encadrer ses stagiaires lors des sorties en milieu naturel. Je pense qu’il en a conçu une légère frustration, et m’a donc indiqué qu’il souhaitait passer le diplôme de Guide de Palanquée. J’ai pu l’accompagner sur cette aventure et il a brillamment obtenu son diplôme en juin 2015.

Je terminerai cette énumération de parcours de vie en parlant de mon cas personnel. Comme je le raconte brièvement sur la page « à propos » de ce blog, j’ai découvert la plongée il y a quelques années (en 1978 pour être précis). Initialement, je n’avais jamais envisagé de devenir moniteur, je pratiquais la plongée avec mon beau-frère, qui m’encadrait lors de nos immersions. Après avoir fait une très longue pause, le virus m’a repris et j’ai entrepris de réapprendre à plonger, tant la pratique avait évolué. Mes filles grandissant, je me suis dit que ce pourrait être une super aventure que de pouvoir plonger tous ensemble et partager notre passion. C’est uniquement ce qui m’a poussé à passer le diplôme de Guide de Palanquée. Étant investi dans la vie associative de mon club, les moniteurs m’ont sollicité pour devenir initiateur. J’ai eu la mauvaise idée d’être reçu parmi les premiers de ma promotion, ce qui fait que j’ai de nouveau été sollicité (et ce n’est jamais désagréable !) pour passer le diplôme de Moniteur Fédéral 1er Degré. J’ai ensuite passé la qualification de Tuteur de Stage Initiateur et me suis rendu compte que je préférais former des plongeurs plutôt que des moniteurs.

On le voit bien à travers de ces quelques parcours, qu’il n’y a pas de parcours type. Chacun aborde la plongée avec sa propre personnalité, ses forces et ses faiblesses. Un fait nouveau est venu rebattre les cartes et ouvrir le champ des possibles sur les parcours de formation, je veux parler de la publication du Code du Sport qui est intervenue maintenant il y a quelques années (le 6 avril 2012 pour être précis) et qui a profondément réformé la compréhension des niveaux de plongeurs, ainsi que l’appréhension des parcours de formation.

Ainsi un stagiaire n’est aujourd’hui plus obligé de passer le Niveau 1, puis le Niveau 2, et enfin le Niveau 3 pour pouvoir plonger sur le Donator par exemple. Nous sommes entrés maintenant dans le monde du parcours « à la carte » et les plongeurs peuvent choisir la façon dont ils vont acquérir de nouvelles compétences. Certaines personnes veulent et aiment être systématiquement encadrées quand elles plongent, tandis que d’autres souhaitent par-dessus tout accéder à l’autonomie et plonger sans la présence d’un Guide. J’ai tenté dans le schéma ci-dessous de présenter sous la forme d’un graphe les différents parcours de formation offerts par la FFESSM (je n’y ai pas fait figurer les qualifications propres aux recycleurs semi-fermés, aux recycleurs Inspiration et Submatix, ainsi que le sidemount loisir, car elles ne faisaient qu’alourdir la lecture du schéma sans apporter de véritable plus) :

Parcours Formation FFESSM

Les Parcours de formation à la FFESSM

On voit bien sur ce schéma qu’un brevet ne devient aujourd’hui que le résultat de la concaténation d’aptitudes. Un plongeur pourra décider de passer la qualification PE20 (Plongeur Encadré à 20 Mètres), puis PE40 (Plongeur Encadré à 40 mètres), sans aucune prérogative d’autonomie, puis de passer la qualification PA20 (Plongeur Autonome à 20 mètres), ce qui lui donnera accès de façon automatique au brevet de Plongeur Niveau 2 (et donc une reconnaissance internationale, via l’équivalence CMAS). Avec ce brevet Niveau 2, il pourra accéder à la qualification PE60 (Plongeur Encadré à 60 Mètres). De même un plongeur avec la qualification PE20 (et donc de fait, le brevet de Plongeur Niveau 1), pourra travailler à l’obtention de la qualification PA20 puis celle PA40 (Plongeur autonome  à 40 mètres) pour accéder à la plongée profonde en France. Si il veut pouvoir exporter cette aptitude, il lui faudra passer la qualification RIFAP et les qualifications PE60 et PA60 pour accéder au brevet international de Plongeur Niveau 3 / CMAS *** (ce qui devrait être plus simple, du fait de la maîtrise de l’autonomie et des gestes techniques d’assistance et de sauvetage à 40 mètres. En parallèle, il est possible de développer ses compétences en passant des qualifications « mélange » (et j’ai tendance à en faire la publicité) telles que Plongeur Nitrox (et ce dès le Niveau 1), Plongeur Nitrox Confirmé, ou de vouloir s’essayer au Trimix, dès lors qu’on est titulaire du brevet de Plongeur Niveau 3 (et de la qualification Plongeur Nitrox Confirmé).

Il faut donc être bien persuadé qu’il n’y a pas de règles pré-établies, et que jamais les moniteurs ne doivent influencer un parcours, pas plus qu’ils ne doivent tenir de propos péremptoires. Ils doivent juste être de bon conseil pour orienter les plongeurs dans leurs parcours en fonction de leurs intérêts et de leurs compétences. Même si aujourd’hui, on est amené à délivrer plus de cartes de niveaux et de qualifications qu’auparavant, il faut, de mon point de vue, s’attacher à ne pas encourager la course aux diplômes. Ce n’est pas le but poursuivi par l’école française de plongée : elle vise à former des plongeurs respectueux de l’environnement, en privilégiant l’autonomie et en permettant l’accès à la profondeur. L’important pour un stagiaire doit être de bien se connaître, d’identifier ses blocages, peurs ou contraintes, pour ne pas partir sur une formation dans laquelle on ne prendrait pas de plaisir.

Il est toujours intéressant de capitaliser sur un acquis, de prendre son temps et de ne décider d’accéder à un niveau supérieur que lorsque l’on se sent prêt (il peut toujours être utile d’échanger avec les moniteurs pour prendre leur avis et ne pas recevoir ce qu’ils disent comme une dévalorisation si ça ne va pas dans le sens qu’on aimerait).

De votre côté, partagez-vous mon sentiment ? Avez-vous d’autres conseils à apporter à des futurs stagiaires ? Merci d’avance pour vos retours !

4 réflexions au sujet de “Faut-il enchaîner les formations ou prendre son temps ?

  1. Bonjour,
    J’ai lu votre billet avec beaucoup d’intérêt et vous avez tout à fait raison d’insister sur les différents parcours « à la carte » qui s’offrent désormais aux plongeurs. Je plonge depuis 10 ans maintenant, mais mon expérience en France est limité, et je peux dire que j’ai acquis une solide expérience en plongeur autonome, voire même en plongeur solo.
    J’ai appris quelque chose de très important en plongée : l’expérience et l’échange. Rien ne remplace la confrontation à différentes situations, différents milieux, différentes mers ou océans, différents binômes ayant d’autres brevets (PADI, SDI, SSI, NAUI, etc.). Je serai donc plutôt partisan de prendre son temps. Le milieu marin, mais ce n’est pas le seul dans la plongée, offre tout un éventail d’émerveillements qu’il faut prendre le temps de le découvrir et de l’apprécier. Enfin, l’Homme n’étant pas « conçu » pour aller sous l’eau, il faut toujours appréhender cette pratique avec beaucoup d’humilité, de compréhension et de respect. Cela ne vient qu’avec le temps 

  2. Très intéressant, comme toujours. Merci Philippe. Personnellement j’aime bien prendre mon temps entre les formations et aller tester tout ça au fur et à mesure « en live » lors de voyages plongée. Mes derniers séjours à Raja Ampat puis à Bali (15 plongées de plus) m’ont donné une expérience et une assurance bien plus grandes que n’importe quelle formation. Mais dans certaines situations j’ai été bien heureuse d’avoir été formée et en France, avec un bon niveau d’exigence. J’aime bien alterner les deux donc.

    • Merci Anne, l’important est de construire sa progression à son rythme, en se faisant plaisir et n’enclencher une formation que si elle correspond à un but particulier. Je suis d’accord avec toi, il faut plonger souvent et se former de temps en temps ! 😉

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